Accueil A LA UNE Entre soutien et rejet, Macky Sall divise jusque devant l’ONU

Entre soutien et rejet, Macky Sall divise jusque devant l’ONU

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Les manifestants devant le siège de l'ONU à New York

La scène est inhabituelle pour une audition feutrée de candidats au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Mercredi, devant le siège de l’institution, en plein cœur de New York, plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés pendant que l’ancien président sénégalais Macky Sall présentait sa vision aux diplomates.

Par Jean-Claude Abalo

«Je suis ici avec une conviction simple : renforcer le multilatéralisme et redonner confiance aux peuples dans l’action internationale», a déclaré Macky Sall lors de son intervention devant l’Assemblée générale, plaidant pour une ONU plus équitable et plus représentative des réalités du monde actuel. À l’extérieur, le contraste est frappant. Deux camps, deux récits. D’un côté, des partisans venus défendre un dirigeant qu’ils jugent expérimenté, capable de porter la voix du continent africain et, au-delà, du Sud global. De l’autre, des opposants dénonçant une candidature qu’ils estiment entachée par de multiples controverses de son passage au pouvoir au Sénégal. «Il ne peut pas incarner les valeurs de l’ONU après ce que nous avons vécu au Sénégal », lance Aïssatou Diop, une manifestante opposée à sa candidature. Plus loin, à quelques mètres, Moussa Ndiaye, venu le soutenir, réplique : « C’est un homme d’expérience, il a dirigé un pays et connaît les enjeux globaux. L’Afrique mérite cette place ».

Les slogans, parfois virulents, ont brièvement rompu la discrétion habituelle des abords de l’ONU. « Non, nous ne voulons pas de lui comme secrétaire général », « Va te reposer », « Vive Macky SG de l’ONU » Voilà quelques-uns des slogans que scandaient les manifestants. Pancartes en main, certains manifestants mettent en cause la gestion des libertés publiques sous la présidence de Macky Sall, tandis que ses soutiens brandissent son expérience internationale et sa capacité à dialoguer avec les grandes puissances. Mamadou Diallo, ce manifestant qui se réclame tout simplement africain, indique que Macky Sall est un bâtisseur qui a fait ses preuves. « Il a transformé le Sénégal », rappelle-t-il, tout convaincu qu’il a un bon profil pour être le prochain secrétaire général de l’ONU. Au sein de l’organisation, le processus reste codifié. La sélection du successeur d’António Guterres se joue en grande partie au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, où les équilibres géopolitiques priment.

« Le prochain secrétaire général devra être une figure de consensus, capable de rassurer toutes les puissances », confie, sous couvert d’anonymat, un diplomate africain en poste à New York. Malheureusement, la candidature de Macky Sall ne fait pas l’unanimité. Sur le continent africain, elle peine encore à fédérer. « L’ONU a besoin d’un candidat qui rassemble largement, et ce n’est pas encore le cas », indique Iréné Herman Houngbo, spécialiste des questions internationales et ancien correspondant permanent de la BBC près l’ONU. « Rarement une candidature à ce poste, habituellement négociée loin des regards, aura suscité une telle visibilité dans l’espace public », a-t-il renchéri. Reste que la course est encore ouverte. Et dans les coulisses de l’Organisation des Nations unies, les tractations se poursuivent, loin des slogans et des banderoles. Mais une chose est désormais acquise : la candidature de Macky Sall, elle, ne laisse personne indifférent.