

Aux États-Unis, une étude publiée en avril 2026 par le National Bureau of Economic Research remet en question l’un des arguments centraux des politiques migratoires restrictives. L’idée selon laquelle l’intensification des expulsions et des contrôles de l’immigration bénéficierait directement aux travailleurs nés dans le pays est désormais contestée.
Par Robert Lee
Intitulée Labor Market Impacts of ICE Activity in Trump 2.0, la recherche a été menée par les économistes Elizabeth Cox et Chloe N. East. Elles ont analysé les conséquences économiques des opérations menées par l’U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans plusieurs régions américaines où les arrestations d’immigrés sans papiers ont fortement augmenté. Leur conclusion est claire : les travailleurs américains ne voient ni leurs salaires ni leurs perspectives d’emploi s’améliorer de manière significative. Dans certains secteurs, l’impact pourrait même être négatif.
Depuis des années, les partisans d’un durcissement migratoire soutiennent qu’une réduction de la main-d’œuvre immigrée permettrait aux travailleurs américains de récupérer des emplois et d’obtenir de meilleurs salaires. Mais les chercheuses arrivent à une conclusion différente. Selon leur étude, lorsque les contrôles de l’ICE augmentent dans une région, les immigrés concernés réduisent leur activité professionnelle, quittent certains emplois ou disparaissent du marché du travail local. Pourtant, ces postes ne sont pas automatiquement occupés par des travailleurs nés aux États-Unis. L’étude observe une baisse de l’emploi dans certains secteurs fortement dépendants de la main-d’œuvre immigrée, notamment la construction, l’agriculture et l’industrie manufacturière.
Elizabeth Cox et Chloe N. East avancent une explication économique. Selon elles, dans de nombreux secteurs, les travailleurs immigrés et les travailleurs américains ne sont pas en concurrence directe. Ils occupent souvent des fonctions différentes mais interdépendantes. Dans la construction, par exemple, la disparition d’ouvriers immigrés peut ralentir des chantiers entiers et réduire les besoins pour d’autres postes occupés par des travailleurs américains. Même logique dans l’agriculture ou la logistique, où la chaîne de production dépend d’une main-d’œuvre abondante et coordonnée. Selon l’étude, cette complémentarité signifie que retirer brutalement une partie de la force de travail peut fragiliser l’activité économique locale plutôt que créer de nouvelles opportunités.
–Aucun gain salarial observé-
L’un des résultats les plus marquants concerne les salaires. L’étude n’a constaté aucune hausse significative des revenus pour les travailleurs américains dans les zones où les opérations de l’ICE se sont intensifiées. Autrement dit, la raréfaction de la main-d’œuvre immigrée ne semble pas provoquer l’augmentation salariale souvent promise par les défenseurs des politiques migratoires plus strictes.
Les économistes soulignent également que certaines entreprises réagissent en réduisant leur production, en automatisant davantage ou en délocalisant certaines activités, ce qui limite encore les effets positifs potentiels sur l’emploi local. Ces conclusions interviennent dans un contexte politique particulièrement tendu autour de l’immigration aux États-Unis. Le rôle de l’ICE reste au cœur des débats entre partisans d’une ligne dure sur les frontières et défenseurs d’une approche plus pragmatique de l’économie migratoire.
Pour les auteures de l’étude, les politiques d’expulsion massives pourraient avoir un coût économique plus important que prévu, notamment dans les États où l’économie dépend fortement du travail immigré. Le rapport du NBER ne tranche pas le débat politique sur l’immigration, mais il apporte un élément central : le durcissement des contrôles ne se traduit pas automatiquement par des bénéfices pour les travailleurs américains, et pourrait, dans certains cas, affaiblir l’économie locale et nationale.















