Avec le crash d’EgyptAir, Le Caire voit s’éloigner un peu plus la reprise économique.

Avec le crash d'EgyptAir, Le Caire voit s'éloigner un peu plus la reprise économique.
Des avions de la compagnie EgyptAir sur le tarmac de l'aéroport du Cairez, 19 mai 2016 | AFP

C’est le troisième drame aérien en sept mois pour l’Egypte: le crash du vol MS804 d’EgyptAir est un nouveau coup dur pour une économie déjà sinistrée par les attentats jihadistes qui ont chassé les touristes.

Même si l’origine du drame est encore inconnue, le ministre égyptien de l’Aviation civile, la presse égyptienne quasi-unanime et les experts penchent pour la thèse de l’attentat pour expliquer la disparition brutale des écrans radars sans aucun message de détresse de l’Airbus A320 qui transportait 66 personnes, dont 30 Egyptiens et 15 Français.

D’autant que le 31 octobre dernier, le groupe Etat islamique (EI) avait revendiqué un attentat à la bombe contre un avion charter russe qui s’était écrasé dans la péninsule du Sinaï, ne laissant aucun survivant parmi les 224 personnes à bord.

Une défaillance technique reste toutefois possible pour expliquer le crash du vol Paris-Le Caire.

Quoi qu’il en soit, selon les experts économiques, ce nouveau drame risque d’avoir des conséquences désastreuses pour l’Egypte, qui tente désespérément d’attirer touristes et investisseurs étrangers, chassés par les violences jihadistes et le chaos politique qui a suivi la révolte populaire du Printemps égyptien début 2011.

Jusqu’à la reprise en main par l’armée qui a destitué en juillet 2013 le président islamiste démocratiquement élu Mohamed Morsi. Mais la sanglante répression de ses partisans et de toute opposition qui sévit depuis, sous le régime du nouveau président Abdel Fattah al-Sissi, ancien chef de l’armée, n’est pas de nature à rassurer.

C’est d’ailleurs en représailles à cette répression que des groupes jihadistes, notamment la branche locale de l’EI, justifient les nombreux attentats qu’ils commettent depuis 2013, essentiellement contre les forces de sécurité.

“L’Egypte est de retour à la une de la presse internationale avec un crash impliquant sa compagnie aérienne: il n’y a pas de doute, c’est très néfaste”, commente Amr Adly, économiste du centre Carnegie pour le Moyen-Orient. “Cela va prolonger un peu plus la crise du secteur touristique”.

En mars, EgyptAir avait déjà dû gérer une prise d’otages à bord d’un de ses avions, détourné vers Chypre par un pirate de l’air “psychologiquement instable”. Les 55 passagers avaient finalement été libérés sans heurts par l’homme qui s’était rendu.

– “Discréditer” le président –

Les forces de sécurité portent elles aussi une responsabilité dans la fuite des visiteurs: en septembre 2015, l’armée égyptienne avait tué huit touristes mexicains en bombardant “par erreur” le convoi de leurs voitures dans le désert occidental, alors qu’elle pourchassait des jihadistes.

“Tout ça ne fait que renforcer le sentiment négatif sur le secteur touristique en Egypte”, estime Hany Farahat, économiste à la banque d’investissement égyptienne CI Capital. “C’est sûr, ça retarde une reprise des revenus du tourisme pour 2016”, ajoute-t-il.

Avec 6,1 milliards de dollars en 2015 (5,4 milliards d’euros), les revenus de ce secteur clé ont chuté de 15% par rapport à l’année précédente, selon des statistiques officielles. Et les réserves de change de la banque centrale ont fondu, passant de plus de 36 milliards de dollars (32 milliards d’euros) fin 2010 à 17 milliards actuellement.

“Les récents évènements vont freiner les ambitions du gouvernement, qui cherche à atteindre le cap des 20 millions de visiteurs étrangers d’ici 2020”, pronostique le cabinet international Euromonitor.

Et cette succession de drames pourrait bien ternir la popularité dont jouit en Egypte le président Abdel Fattah al-Sissi, longtemps considéré comme un “sauveur” mais confronté depuis quelques semaines à un vent de contestation inédit à mesure que les prix des produits de première nécessité s’envolent, une inflation alimentée par une très forte dévaluation de la livre égyptienne.

“Ce drame de l’Airbus pourrait contribuer à discréditer la légitimité du régime du président Sissi, parce qu’il avait promis de lutter contre le terrorisme et de rétablir la sécurité”, estime Mustapha Kamel al-Sayyid, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. “Et pourtant, le terrorisme continue d’affecter l’économie égyptienne et de menacer les revenus des gens”.

AFP