

Dans l’extrême nord du Mozambique, la province de Cabo Delgado vit depuis plusieurs années au rythme d’un conflit meurtrier dont le reste du monde parle peu. Attaques de villages, déplacements massifs de populations, disparitions, famine et peur permanente : derrière les statistiques, des centaines de milliers d’habitants tentent de survivre dans une région profondément déstabilisée.
Par Lilongwe Masimba
Depuis 2017, des groupes armés affiliés à l’État islamique affrontent les forces gouvernementales mozambicaines. Malgré l’intervention de soldats étrangers, notamment venus du Rwanda et de pays membres de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), les violences persistent dans plusieurs districts reculés.
Dans certaines localités, les habitants racontent des scènes d’horreur : maisons incendiées, familles séparées dans la fuite, enlèvements de jeunes hommes et de femmes. Beaucoup ont abandonné leurs terres agricoles, principale source de revenus dans cette région pauvre mais riche en ressources naturelles. « Nous avons fui au milieu de la nuit sans rien emporter », témoigne Amina, déplacée dans un camp près de Pemba, la capitale provinciale. « Les enfants ont peur au moindre bruit. Nous ne savons pas quand nous pourrons rentrer chez nous ».
Selon les organisations humanitaires, plus d’un million de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit. Les infrastructures de santé et les écoles ont été gravement touchées, compliquant encore davantage la vie quotidienne des populations civiles. Au-delà de la crise sécuritaire, Cabo Delgado concentre d’importantes réserves de gaz naturel qui attisent les convoitises internationales. Plusieurs projets énergétiques majeurs y ont été suspendus ou ralentis à cause de l’insécurité, notamment ceux du groupe “Total Energies”.
Pour les habitants, cependant, les enjeux géopolitiques passent après l’urgence de survivre. Dans les camps de déplacés, les besoins en nourriture, en soins médicaux et en soutien psychologique restent immenses. Les ONG alertent également sur les traumatismes durables causés par les violences répétées. Malgré quelques succès militaires annoncés par les autorités, les attaques sporadiques continuent d’entretenir un climat de peur. Dans cette province longtemps marginalisée, beaucoup redoutent que la guerre ne s’installe durablement dans l’oubli international.














