
L’ancien Premier ministre du Sénégal, Ousmane Sonko a animé ce mardi 2 juin 2026 à Dakar, une conférence de presse au cours de laquelle, il a évoqué les circonstances de son éviction du gouvernement. Monsieur Sonko a également abordé ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye et l’avenir politique du parti PASTEF. Dans une intervention de plusieurs heures, il a livré sa version des faits, dénonçant une rupture politique qu’il dit avoir subie sans l’avoir provoquée.
Par Fatou Tounkara
Selon Ousmane Sonko, la rupture a été officiellement actée lors d’une audience tenue le 22 mai au Palais de la République. Reçu par le chef de l’État aux environs de 16 heures, il affirme avoir été informé de la volonté du président de mettre fin à leur collaboration. Le président lui aurait expliqué que certaines de ses prises de position récentes étaient devenues gênantes et créaient des difficultés au sein de l’exécutif. Sonko dit avoir pris acte de cette décision tout en rappelant qu’il avait, à plusieurs reprises, proposé une solution alternative afin d’éviter une crise institutionnelle.
L’ancien Premier ministre affirme avoir suggéré son retour à l’Assemblée nationale, où son mandat de député demeurait intact, afin de permettre la nomination d’un autre chef du gouvernement issu du PASTEF. Une proposition qu’il assure avoir formulée à trois reprises, notamment après la victoire écrasante du parti aux élections législatives. Face à la décision du président Faye, Sonko affirme avoir demandé un délai de 24 à 48 heures afin d’organiser une transition concertée et responsable. Il assure avoir refusé d’endosser l’idée d’une séparation présentée comme un commun accord. « Si vous me limogez, il faut en assumer la responsabilité », a-t-il déclaré avoir répondu au président.
Quelques heures plus tard, après un échange de messages, le décret mettant fin à ses fonctions était rendu public. Pour autant, Sonko affirme ne pas avoir été surpris par cette décision. Il considère même qu’elle constituait l’aboutissement d’un processus engagé depuis plusieurs mois. Toutefois, il insiste sur un point : il s’était fixé comme règle de ne jamais être à l’origine de la rupture avec le chef de l’État.
Au cœur de son intervention, l’ancien Premier ministre a également insisté sur la place du PASTEF dans l’architecture institutionnelle du pays. Selon lui, le parti demeure la principale force politique du Sénégal avec 130 députés sur 165 à l’Assemblée nationale. À ce titre, il estime qu’en cas de désaccord avec un Premier ministre, la logique démocratique aurait voulu que le président consulte le parti majoritaire pour désigner un successeur. Sonko reproche au chef de l’État d’avoir tenté de constituer un nouveau gouvernement sans véritable concertation avec les instances dirigeantes du PASTEF. Il affirme également que plusieurs ministres sortants ont été approchés individuellement par la présidence, une démarche qu’il considère comme une tentative de contourner les structures du parti.
L’ancien Premier ministre a également révélé les discussions ayant entouré la formation du nouveau gouvernement. Selon son récit, le président aurait proposé au PASTEF une représentation limitée à quelques ministères, sans portefeuille de souveraineté. Une offre que les instances du parti ont massivement rejetée. Pour Sonko, la participation du PASTEF à un gouvernement ne peut se réduire à une présence symbolique. Il estime que le parti doit disposer d’un poids correspondant à sa majorité parlementaire et à son rôle dans l’accession au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye. « Nous ne quémandons pas des postes. Nous voulons être au gouvernement parce que nous sommes patriotes et nous voulons travailler pour notre pays », a-t-il insisté, affirmant que la participation gouvernementale ne se justifie que par la mise en œuvre d’un projet politique cohérent.
-Le choix de la cohabitation-
Malgré la rupture, Ousmane Sonko a adopté un ton relativement conciliant concernant l’avenir institutionnel du pays. Il estime que le Sénégal est désormais entré dans une phase de cohabitation de fait entre un président sans groupe parlementaire propre et une Assemblée nationale largement dominée par le PASTEF. Tout en rappelant que son parti dispose des moyens constitutionnels pour faire tomber le gouvernement, notamment par une motion de censure, il affirme ne pas vouloir engager une logique de confrontation. « Nous allons accompagner tout ce qui va dans l’intérêt du pays », a-t-il déclaré.
Selon lui, la priorité doit rester la stabilité politique, la préservation de la confiance des investisseurs et la poursuite des réformes économiques. Dans la dernière partie de son intervention, Ousmane Sonko a lancé un appel au calme à ses militants. Dénonçant ce qu’il considère comme des provocations visant à pousser le PASTEF à la confrontation, il a demandé aux jeunes du parti de rester disciplinés et de privilégier le travail, l’organisation et la mobilisation démocratique. Il a également mis en garde contre tout recours aux méthodes qu’il dit avoir subies durant la décennie précédente, notamment l’instrumentalisation de la justice ou des institutions à des fins politiques.















