Accueil A LA UNE RDC : Kabila relance l’offensive politique

RDC : Kabila relance l’offensive politique

1
L’ancien président congolais Joseph Kabila lors de son discours

L’ancien président congolais Joseph Kabila s’est adressé mercredi 9 Octobre 2026 à la population congolaise. Dans son discours, il dresse un réquisitoire implacable contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, dénonce l’aggravation de la crise sécuritaire et institutionnelle et appelle les Congolais à prendre leur destin en main. Au-delà de la confrontation politique, son discours pose une question fondamentale : la République démocratique du Congo peut-elle encore enrayer sa spirale de crises sans un sursaut national ?

Par Irene Herman 

Le ton est grave, les accusations sont frontales et le message sans ambiguïté. Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), dresse un tableau particulièrement sombre de la situation nationale, qu’il estime marquée par l’affaiblissement des institutions, l’aggravation de l’insécurité et la détérioration des conditions de vie de la population.

Dans son adresse, l’ancien chef de l’État oppose l’héritage qu’il affirme avoir laissé en janvier 2019 à la situation actuelle. Il revendique notamment la réunification du territoire, les réformes économiques, la consolidation progressive des institutions et l’organisation de plusieurs cycles électoraux. Une lecture de son bilan qui reste toutefois controversée, au regard des conflits persistants et des critiques de gouvernance enregistrées durant ses années au pouvoir.

Joseph Kabila accuse aujourd’hui le régime de Félix Tshisekedi de privilégier sa pérennisation au détriment de l’intérêt général. Il dénonce le népotisme, le tribalisme, les atteintes aux libertés fondamentales et la gestion opaque des ressources publiques. Ces accusations, qui relèvent de son réquisitoire politique, nécessitent une confrontation avec des sources indépendantes.

–Guerre, gouvernance et Constitution : les lignes de fracture-

La crise sécuritaire dans l’Est du pays occupe une place centrale dans son discours. Joseph Kabila reproche aux autorités de poursuivre une stratégie militaire sans perspective de victoire clairement définie et de négliger les possibilités de règlement politique. Il critique notamment la gestion des négociations, le respect des engagements de cessez-le-feu et les relations présumées entre les forces gouvernementales et certains groupes armés.

Pour l’ancien président, aucune stabilisation durable ne sera possible sans un dialogue véritablement inclusif, le rétablissement de l’autorité de l’État et une coopération régionale sincère. Il déplore le sort réservé aux initiatives de médiation, notamment celles soutenues par des organisations religieuses congolaises, et estime que le refus du dialogue contribue à prolonger la crise.

Sur le plan économique, il s’inquiète de l’augmentation de la dette publique, de la corruption et des conditions dans lesquelles les minerais stratégiques congolais sont valorisés. Il met également en garde contre les conséquences d’une éventuelle modification de la Constitution, qu’il considère comme une menace pour l’équilibre institutionnel et le pacte républicain. Ces différentes préoccupations convergent vers un même constat, selon Joseph Kabila : la RDC risque de s’enfoncer davantage dans une crise politique, sécuritaire et économique si les autorités ne changent pas de cap.

–Un appel à l’action aux contours encore incertains-

Rappelant les douze mesures qu’il avait proposées en mai 2025, Joseph Kabila plaide pour la restauration de l’État de droit, la protection des libertés, la réconciliation nationale, la relance économique et le retrait des troupes étrangères. Il estime que le salut du pays exige désormais un engagement collectif dépassant les clivages politiques. La conclusion de son adresse retient particulièrement l’attention. L’ancien président annonce son intention de partager, dans les prochains jours et les prochaines semaines, sa vision des actions à entreprendre pour « sauver » la République démocratique du Congo.

Sans préciser la forme que prendra cette initiative, il laisse entrevoir une nouvelle séquence de son engagement politique. Mobilisation de l’opposition, concertation nationale ou stratégie plus large de rassemblement : les contours de cette démarche restent à définir. Au-delà de son affrontement avec Félix Tshisekedi, Joseph Kabila pose ainsi une question fondamentale sur l’avenir du Congo : comment restaurer la confiance, mettre fin aux conflits et garantir des institutions capables de servir l’intérêt général ?

Pour la RDC, l’enjeu dépasse la rivalité entre dirigeants. Il concerne la sécurité des citoyens, la souveraineté nationale et la capacité du pays à transformer ses immenses ressources en progrès partagé. Reste à savoir si cet appel débouchera sur une alternative politique concrète ou s’il marquera une nouvelle étape dans la confrontation entre les principales figures de la scène politique congolaise.