Accueil A LA UNE Afrique du Sud : du soutien africain au rejet des Africains

Afrique du Sud : du soutien africain au rejet des Africains

0
Des manifestants d'une marche contre les migrants sans papiers dans la ville d’Estcourt, le 24 avril 2026

La xénophobie qui frappe périodiquement l’Afrique du Sud constitue l’un des paradoxes les plus troublants de l’histoire contemporaine du continent. Le pays qui a bénéficié de l’immense solidarité africaine dans sa lutte contre l’apartheid est aujourd’hui le théâtre de violences visant des ressortissants de plusieurs nations africaines.

Par Irene Herman 

Pendant des décennies, l’Afrique n’a jamais abandonné l’Afrique du Sud. De la Zambie au Mozambique, de la Tanzanie à l’Angola, en passant par le Zimbabwe et le Botswana, de nombreux États ont accueilli des exilés sud-africains, soutenu les mouvements de libération et assumé les conséquences de leur engagement contre le régime ségrégationniste de Pretoria. Cette solidarité s’inscrivait dans une vision panafricaine selon laquelle la liberté d’un peuple africain concernait l’ensemble du continent.

Pourtant, depuis plusieurs années, des migrants africains sont régulièrement victimes d’agressions, de pillages et parfois même de meurtres en Afrique du Sud. Souvent originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigeria, de la Somalie ou de l’Éthiopie, ils sont accusés d’être responsables du chômage, de l’insécurité ou de la pression sur les services publics. Cette réalité soulève une question fondamentale : comment un pays libéré grâce à la mobilisation africaine peut-il voir émerger un tel rejet de ceux qui partagent la même histoire continentale ?

Les causes de cette situation sont multiples. Le chômage massif, les profondes inégalités sociales héritées de l’apartheid, la pauvreté persistante et le sentiment d’abandon de certaines populations créent un terrain fertile pour les discours de rejet. Dans ce contexte, l’étranger devient souvent un bouc émissaire commode face à des frustrations qui trouvent en réalité leur origine dans des problèmes structurels.

Cependant, l’explication économique ne suffit pas. La xénophobie traduit également une forme d’amnésie historique. Elle semble ignorer que la démocratie sud-africaine est le fruit d’un combat soutenu par l’ensemble du continent. Lorsque des Africains sont pris pour cible en Afrique du Sud, c’est aussi une partie de cette mémoire collective qui est mise à mal.

Heureusement, ces actes ne reflètent pas l’opinion de tous les Sud-Africains. De nombreuses voix s’élèvent dans le pays pour dénoncer les violences et rappeler la dette morale contractée envers les nations africaines qui ont soutenu la lutte anti-apartheid. Associations, universitaires, responsables religieux et militants des droits humains rappellent régulièrement que l’héritage de la nation arc-en-ciel repose sur des valeurs d’inclusion, de dignité et de solidarité.

L’Afrique du Sud se trouve aujourd’hui face à un choix historique : céder aux réflexes du repli ou renouer avec l’esprit panafricain qui a contribué à sa libération. Car la mémoire de la solidarité africaine ne devrait pas être un simple souvenir du passé. Elle devrait constituer un guide pour construire un avenir où aucun Africain ne sera considéré comme étranger sur son propre continent.