Accueil A LA UNE Titre : Le Sénégal à l’épreuve du divorce Diomaye – Sonko

Titre : Le Sénégal à l’épreuve du divorce Diomaye – Sonko

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Au moment où l’avenir politique du Sénégal semblait se conjuguer au pluriel, un décret présidentiel a fait voler en éclats le duo qui avait porté l’alternance de 2024. En limogeant Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre et en révoquant son gouvernement dans la soirée du 22 mai, Bassirou Diomaye Faye a mis fin, non seulement à une collaboration exécutive, une amitié mais à un symbole fort: celui du « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye ». L’heure n’est plus à l’union sacrée, mais à la clarification forcée.

Par Francis Chris Ahouadi

Il serait naïf de faire semblant d’être surpris. Depuis des mois, la cohabitation des deux têtes de l’exécutif s’était transformée en duel d’influences. Le président le disait ouvertement il y a trois semaines : sa confiance était le seul ciment du maintien de son premier ministre. Les divergences ne portaient pas seulement sur des arbitrages techniques, mais sur la nature même de l’autorité à l’ère du Pastef.

Ce limogeage est donc le signe d’une rupture de confiance entre deux amis. Une amitié que certains avaient qualifié d’inébranlable quand l’un avait choisi l’autre. La déclaration de Sonko quelques heures avant sa révocation résume à elle seule la tension : « Je ne suis pas un premier ministre qui obéit aveuglément et qui acquiesce à tout ». Derrière l’éviction se profile une question plus complexe : celle de la survie politique de Ousmane Sonko et à l’inverse celle de Diomaye Faye.

Sonko étant très populaire au sein de la jeunesse Sénégalaise. Dans l’inconscient collectif en pareil cas, c’est souvent celui qui apparaît comme la victime qui finit toujours par prendre le dessus. En destituant le leader charismatique du parti majoritaire tout en conservant la plénitude de son mandat, le président prend un risque considérable. Celui de sa réélection au terme de ce mandat mais aussi la capacité à gérer le reste de son mandat dans un climat apaisé.

Cette guerre au sommet pourrait coûter cher à un Sénégal engagé dans une phase décisive de son développement, estiment plusieurs analystes. Le Sénégal ne peut pas se payer le luxe d’une guerre à la tête de l’État. Les partisans du président Faye verront dans cette décision un acte de souveraineté. À l’inverse, les soutiens de Sonko dénonceront une ingratitude politique envers celui qui l’a imposé comme candidat à la présidentielle.

L’opposition de son côté guette une éventuelle déstabilisation, tandis que la rue risque de s’embraser. Déjà plusieurs centaines de partisans de Sonko se sont rassemblés à divers endroits de Dakar pour lui exprimer leur solidarité. Cette fracture, attendue, intervient dans un contexte de difficultés économiques où le pays a besoin de stabilité.

L’histoire du Sénégal mais aussi celui de l’Afrique et du monde, nous rappelle que les duos mythiques finissent souvent en duels fratricides, comme par le passé Senghor contre Mamadou Dia, Sankara contre Compaoré, ceux moins flagrants de l’Angola, du Cameroun, des deux Congo, du Niger et ailleurs Chirac contre Balladur. Le patron a tranché. Dans tous les cas, connaissant le Sénégal, cette rupture annonce l’ouverture d’une longue crise de légitimité. Sonko étant le Patron de la majorité parlementaire.

J’ai l’habitude de dire que les seuls endroits au monde où un duo au sommet de l’État a résisté et à tenu, sont Cuba avec Fidel et Raoul et la Chine de Mao et Zhou Enlaï. Dorénavant, les regards se tournent vers le nouveau visage du gouvernement et vers l’attitude que Sonko adoptera : simple retrait ou entrée en dissidence ?

Ce limogeage retentissant marque le début de la recomposition du pouvoir sénégalais, mais la stabilité du pays reste suspendue à l’issue de ce divorce au sommet. Ce n’est pas un épilogue, c’est un nouveau chapitre qui s’écrit sous nos yeux. Les autres parties de l’Afrique notamment l’opinion béninoise scrutent attentivement ce qui se passe dans le pays de la Teranga.