
Léopold SODANSOU a passé vingt ans sur le terrain comme guide de tourisme, enseignant-chercheur puis comme directeur du développement du tourisme au Bénin. Après cette riche carrière, il a choisi de partir en Espagne faire une thèse en planification et gestion des destinations touristiques. Pourquoi ce retour aux études ? Dans cet entretien exclusif, il nous parle de sa vision et de sa disponibilité à continuer à servir son pays.
Propos recueillis par Tiéga Safiou Fannikoi
Infostime : pourquoi avoir choisi de faire une thèse à Séville après 20 ans de terrain ? En quoi est-ce une consécration ?
Léopold SODANSOU : Je ne parlerais pas de consécration, mais d’une étape importante guidée par un devoir patriotique. Après vingt ans de terrain comme guide, enseignant-chercheur puis ancien directeur du développement du tourisme au Bénin, j’ai mesuré les potentialités et les limites de notre secteur. Quand le gouvernement en a fait un levier stratégique dès 2016, la rareté de l’expertise locale véritablement spécialisée est devenue un vrai défi : nous devions trop souvent recourir à des compétences extérieures, excellentes techniquement mais parfois déconnectées de nos réalités nationales. J’ai donc choisi de capitaliser mon expérience par une formation scientifique poussée. Plus qu’un titre, c’est un investissement intellectuel au service du Bénin.
Infostime : vous évoquez le « désert de compétences » dont parlait l’ancien président Patrice Talon. Votre thèse est-elle une réponse pour éviter le recours coûteux aux experts étrangers ?
LS : Ma thèse n’est pas une réponse définitive, mais elle s’inscrit dans une démarche de construction d’une expertise nationale durable. Il ne s’agit pas d’opposer experts nationaux et étrangers, mais de réduire une dépendance excessive, coûteuse financièrement et stratégiquement. J’ai constaté ce déficit de compétences sur le terrain. Mon objectif est une souveraineté intellectuelle : former des Béninois capables de produire une expertise de haut niveau, enracinée dans nos réalités locales.
Infostime : avec votre double expertise, quel rôle comptez- vous jouer dans la mise en œuvre de la vision Bénin 2060 ?
LS : Mon parcours me place à l’intersection de la pratique et de la recherche. Je souhaite jouer un rôle de passerelle entre les académiques, les décideurs et les opérateurs de terrain. Il ne suffit pas de produire des politiques, il faut des politiques fondées sur des données et une analyse fine des territoires. Je compte contribuer à la formation des cadres, au conseil stratégique et à la production de recherches appliquées qui éclairent l’action publique.
Infostime : de part votre profil : guide, enseignant-chercheur, directeur, master, docteur, quelle valeur ajoutée concrète pouvez-vous apporter au Bénin ?
LS : Ma valeur ajoutée, c’est une compréhension intégrée du tourisme à tous les niveaux : du terrain avec les visiteurs jusqu’à la conception des politiques publiques. Je parle le langage des communautés locales, des opérateurs privés, des techniciens et des décideurs. Concrètement, cela peut améliorer la planification des destinations, renforcer les capacités nationales et produire des études adaptées à nos réalités. Le tourisme dépend d’abord de la qualité du capital humain.
Infostime : Vous avez quitté un poste important pour aller vous former ensuite. Quelle est votre recommandation opérationnelle pour bâtir un tourisme béninois solide et durable ?
Dr Sodansou : Ma recommandation prioritaire est d’investir massivement dans le développement des compétences nationales spécialisées. Les infrastructures sont importantes, mais les ressources humaines sont le moteur essentiel. Il faut agir sur plusieurs axes : renforcer les formations spécialisées, développer les partenariats universités-secteur touristique, digitaliser, et territorialiser l’offre en impliquant les communautés locales. Le Bénin a des atouts exceptionnels ; le défi est de les transformer en avantages compétitifs durables.
Infostime : quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes béninois qui rêvent d’une carrière dans le tourisme, et à ceux qui hésitent à retourner sur les bancs de l’université après des années de pratique ?
LS : aux jeunes, je dis que le tourisme est une industrie mondiale stratégique. Investissez dans la formation, les langues, les technologies. À ceux qui hésitent à reprendre leurs études : apprendre n’est pas une question d’âge, mais de vision. Mon parcours montre qu’il n’est jamais trop tard. Reprendre ses études, ce n’est pas revenir en arrière, c’est avancer plus loin. Le développement du Bénin passe par des citoyens qui apprennent continuellement pour mieux servir leur pays.















