
Ce mercredi 27 mai, des millions de musulmans, de Dakar à Cotonou en passant par Ouagadougou et Niamey, célèbrent la Tabaski. Entre prière matinale, sacrifice rituel et partage familial, la fête de l’Aïd el-Kébir demeure un pilier de la foi. Mais cette année, la cherté des moutons assombrit l’ambiance.
Par Tiéga Safiou Fannikoi
À Dakar, Ouagadougou, Niamey ou Cotonou, l’Afrique célèbre la Tabaski ce mercredi 27 mai. Une fête de soumission et de partage qui transcende les simples rites religieux. La journée a commencé par la prière collective dans les mosquées et sur les places publiques, suivie du sacrifice rituel du mouton. Cet acte commémore la soumission du Prophète Ibrahim (Abraham), qui accepta de sacrifier son fils par obéissance à Dieu avant qu’un bélier ne soit substitué à sa place.
Cette année pourtant, la fête s’annonce sous le signe du sacrifice financier. Partout en Afrique de l’Ouest, les prix des moutons ont flambé, bien au-delà des moyens de nombreux foyers. À la veille de la Tabaski, un tour sur les points de vente improvisés a permis de constater cette morosité ambiante : enclos clairsemés, bêtes trop chères, regards préoccupés. « Un mouton qui valait environ 230 euros l’an dernier dépasse aujourd’hui les 380 euros », confie un père de famille à Cotonou, désemparé. Malgré cette cherté sans précédent – conséquence de l’inflation et des difficultés économiques régionales – les musulmans rencontrés restent déterminés à honorer leur foi. Nombreux sont ceux qui espèrent une baisse des prix au lendemain de la fête pour accomplir le rite, quitte à le faire dans un modeste délai. « Le sacrifice est avant tout dans le cœur », rappelle l’imam Mohamed el Habib Ibrahim, guide spirituel de la mosquée centrale de Zongo à Cotonou.
L’ambiance en Afrique est à la fois festive et empreinte de recueillement. Les fidèles arpentent les rues de beaux boubous, les effluves de viande grillée embaument les quartiers, et les visites familiales rythment la journée. À Abidjan, comme à Cotonou ou Niamey, les fidèles ont sacrifié à la tradition, mêlant ferveur et moments de convivialité. Cette année, de nombreux musulmans ont souhaité, par la voix de leurs imams, que ce sacrifice renforce la cohésion sociale et apaise les tensions politiques.
L’origine de cette célébration puise sa source dans le récit coranique de l’épreuve de foi d’Ibrahim. Si la dimension religieuse est fondamentales, marquant la fin du Hajj (pèlerinage à La Mecque), la perception profane de la Tabaski en Afrique est unique. Le terme « Tabaski » viendrait du berbère Tifeski (printemps) et s’est imposé du Sénégal au Niger en passant par le Tchad. Historiquement, au Burkina Faso, le Naba Doulgou a syncrétisé cette fête musulmane avec la fête des moissons mossi, faisant de la Tabaski un moment de réjouissances populaires où le partage de la viande (en trois parts : famille, voisins, pauvres) prime sur la stricte observance.














