
À quelques semaines de la sortie de son nouvel album, Rock Africa 2, Guy Mapoko revient avec « Topi », un clip pensé comme un prélude à ce deuxième projet solo. Installé au Canada après un parcours marqué par l’Afrique et l’Europe, le musicien revendique une identité artistique singulière : celle d’un « rockeur africain ». Entre rock, blues, rythmes africains et langues du continent, il entend construire un pont musical entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord.
Par Irene Herman
Le rendez-vous est fixé autour de « Topi ». Le morceau, dont l’audio était déjà disponible depuis quelques mois, revient aujourd’hui sous la forme d’un clip destiné à annoncer un album attendu au mois d’octobre. La date précise n’est pas encore arrêtée, mais une chose est certaine : ce nouveau disque est composé de dix titres et constitue une nouvelle étape dans la carrière solo de Guy Mapoko. « Topi » n’est donc pas un simple single isolé. Le titre est directement extrait de l’album et en devient l’un des premiers ambassadeurs. « J’ai fait sortir l’audio d’abord, vu l’engouement que ça a suscité, j’ai décidé de faire le clip pour lancer ce titre en prélude à l’album », explique l’artiste.
Derrière ce titre au nom singulier se cache un message universel. « Topi » selon l’artiste est une ode à la femme, à sa beauté et à sa place fondamentale dans la vie. Pour Guy Mapoko, toutes les femmes méritent d’être magnifiées, soutenues et aimées. Mères, sœurs, épouses ou tantes, elles occupent, dans son propos, une place centrale : celle de celles qui donnent la vie. Il indique que le mot « Topi » signifie ainsi aussi belle, magnifique. L’expression se veut également un cri de ralliement, une formule que chacun peut s’approprier. Le morceau traverse les frontières linguistiques. Le français, l’anglais et le mina, langue chère à l’artiste s’y côtoient, comme pour prolonger musicalement le message d’universalité qu’il porte. « Quelle que soit sa forme, elle est Topi », affirme-t-il.
Mais si « Topi » ouvre la porte de Rock Africa 2, c’est surtout l’identité musicale de l’album qui intrigue. Guy Mapoko ne parle pas simplement de rock joué par un Africain. Il revendique une démarche plus précise : le « rock africain », expression qui est devenue à la fois le nom de son univers musical et celui de son label. « Je ne me revendique pas comme un rockeur africain, je suis un rockeur africain », martèle-t-il, allant jusqu’à revendiquer une identité qu’il considère comme singulière dans le paysage musical.
Son ambition consiste à faire dialoguer les codes du rock avec les rythmes et les sonorités africaines. Les guitares constituent l’une des signatures rock du projet, tandis que les batteries et les percussions puisent davantage dans les traditions musicales africaines. À cela s’ajoutent les langues : le mina, le français et l’anglais. Le résultat, selon l’artiste, est un cocktail musical où différentes influences se rencontrent sans que l’une efface l’autre. « C’est ça qui fait le rock africain », résume-t-il.
Le parcours de Guy Mapoko ne se limite pas à un itinéraire entre l’Afrique et le Canada. Il évoque également son passage par l’Europe et explique avoir choisi de s’installer au Canada pour approfondir son rapport au rock. À ses yeux, l’Amérique du Nord constitue un territoire symbolique pour comprendre l’histoire de cette musique et ses transformations. Il veut observer comment le rock a évolué sur cette terre et l’intégrer à son propre héritage africain. Cette expérience de la diaspora devient ainsi une matière artistique. Loin de l’Afrique, Guy Mapoko ne cherche donc pas à s’éloigner de ses racines. Il fait exactement l’inverse : il les utilise comme point de départ pour dialoguer avec d’autres traditions musicales. « Cette évolution, je crois que c’est une évolution qualitative de ma musique », revendique-t-il.
-Rock Africa 2, la confirmation d’une voie artistique-
Avec Rock Africa 2, Guy Mapoko signe son deuxième album solo. Une étape importante pour celui qui fut l’un des piliers du groupe « Les Frères Koud’akoll ». Le passage du collectif au solo lui permet d’aller plus loin dans une direction artistique qu’il estime plus personnelle. Avec Les Fréquences d’Accord, le musicien évoluait dans une dynamique collective où se mêlaient notamment rock, blues et traditions africaines. Avec son projet solo, il affirme vouloir recentrer son propos. « C’est une continuité, mais en mieux », déclare-t-il.
Le nouveau disque doit ainsi mettre davantage l’accent sur ce qu’il considère comme le cœur de son identité : le rock et le blues associés aux cultures africaines. Rock Africa 2 porte donc bien son nom. Le 2 ne signale pas seulement la suite d’un premier album : il traduit la volonté de poursuivre une recherche commencée avec Rock Africa 1, tout en allant plus loin dans l’affirmation du rock africain.
Si le genre musical constitue le fil rouge de son travail, les thèmes abordés restent, eux, largement universels. Guy Mapoko revendique une musique qui parle d’amour, de la vie, mais aussi de la société. L’artiste assume une dimension engagée et affirme vouloir dire « tout haut ce que les gens pensent tout bas ». Cette volonté de témoigner s’inscrit dans une démarche qui ne cherche pas à opposer divertissement et engagement. On peut danser, écouter facilement, mais aussi prendre le temps d’entendre ce que les chansons racontent. C’est cette coexistence entre profondeur et accessibilité que l’artiste souhaite également proposer avec son nouvel album.
Dans une industrie musicale où les tendances évoluent rapidement, Guy Mapoko revendique une autre philosophie : la constance. Aujourd’hui, l’afrobeat peut occuper une place centrale dans l’attention du public ; demain, une autre esthétique pourrait s’imposer. Pour lui, cela ne constitue pas une raison suffisante pour abandonner son identité artistique. « Il faut rester constant. Il ne faut pas aller dans le sens du vent », affirme-t-il. L’enjeu n’est toutefois pas de se couper des musiques contemporaines. Il s’agit plutôt, selon lui, de trouver comment intégrer certaines influences nouvelles dans une démarche artistique qui reste fidèle à ses fondations. Une conviction résume cette philosophie : avec le temps, le travail finit par trouver son public.
Face à ceux qui annoncent régulièrement la disparition du rock, Guy Mapoko oppose une autre lecture de l’histoire musicale. Pour lui, le rock n’a jamais véritablement disparu. Il s’est transformé, a influencé d’autres genres et continue de circuler, parfois de manière moins visible. Il en va de même pour le blues, qu’il considère comme une matière toujours présente dans les musiques contemporaines. C’est précisément dans cette capacité de transformation que l’artiste situe son propre projet : faire dialoguer des musiques considérées comme anciennes avec les sonorités actuelles.
Son rock africain entend ainsi démontrer que tradition et modernité ne sont pas nécessairement contradictoires. Au fond, le projet de Guy Mapoko dépasse la seule question du genre musical. Son ambition est de créer un pont entre plusieurs espaces culturels : l’Afrique, l’Europe et l’Amérique du Nord. Il ne s’agit pas, explique-t-il, de revenir simplement vers une musique africaine pure. Son parcours artistique repose toujours sur le mélange. C’est justement cette hybridation qu’il souhaite poursuivre et approfondir.
Le rock africain devient alors un espace de rencontre : les guitares du rock, les rythmes africains, le blues, les percussions, les langues et les histoires se retrouvent sur un même territoire sonore. « Le pont musical entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique », voilà ce que Guy Mapoko souhaite laisser derrière lui. À quelques semaines de la sortie de Rock Africa 2, le musicien adresse finalement au public une invitation plutôt qu’une simple promesse. Il veut que l’auditeur découvre une musique qu’il considère comme personnelle, universelle et profondément enracinée dans son identité. « Le rock africain est unique, universel et propre à Guy Mapoko », affirme-t-il.













