
La récente tournée du président béninois Romuald Wadagni dans plusieurs pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), notamment le Niger et le Burkina Faso, suscite de nombreux espoirs parmi les citoyens ouest-africains. Dans l’émission « À vous l’antenne » de BBC Afrique, des auditeurs de plusieurs pays de la sous-région ont salué une initiative qu’ils considèrent comme un pas important vers l’apaisement des tensions diplomatiques et la relance de la coopération régionale.
Par Irene Herman
Au cœur des discussions figure la crise qui oppose depuis plusieurs années le Bénin et le Niger, marquée notamment par la fermeture de leur frontière commune. Cette situation a eu de lourdes conséquences sur les populations vivant de part et d’autre de la frontière. « Les citoyens des deux pays sont vraiment inquiets et souhaitent un dénouement heureux de cette crise », a déclaré Ali Barho depuis le Niger. Il a rappelé que les déplacements de populations et les échanges commerciaux ont été fortement perturbés, affectant le quotidien des habitants. Selon lui, la mise en place d’un comité conjoint d’experts chargé d’identifier et de lever les obstacles à la normalisation des relations constitue un signal encourageant. « Il y a un blocage réel sur le plan économique et à plusieurs autres niveaux. Nous souhaitons que la frontière soit ouverte pour permettre aux citoyens de reprendre leurs activités quotidiennes », a-t-il souligné.
Depuis la Côte d’Ivoire, Boussoubi estime que la visite du président béninois traduit une volonté de rapprochement et de dialogue. Pour lui, les divergences entre États africains ne devraient pas être un facteur de division mais plutôt une occasion de renforcer l’unité du continent. « Cette démarche est fédératrice. Elle peut contribuer à rapprocher les pays de l’AES de leurs voisins et à renforcer la coopération régionale », a-t-il affirmé, appelant d’autres dirigeants à suivre cet exemple. L’auditeur ivoirien a également interprété positivement le choix du chef de l’État béninois de se rendre d’abord au Nigeria avant d’effectuer ses visites au Niger et au Burkina Faso. Selon lui, cette séquence diplomatique témoigne d’une volonté de consultation et de recherche de solutions concertées aux défis régionaux.
–Entre intérêts économiques et impératifs sécuritaires-
Au Bénin, les attentes sont également fortes. Depuis Kandi dans le nord du pays, Saturnin Afolabi a estimé que cette ouverture était attendue depuis longtemps par les populations frontalières. Tout en reconnaissant l’importance des enjeux économiques, notamment pour le port de Cotonou, il a insisté sur la nécessité d’une coopération sécuritaire renforcée entre le Bénin et ses voisins. « Il faut joindre les mains avec les Nigériens pour combattre efficacement l’extrémisme qui touche nos frontières », a-t-il expliqué. Une analyse partagée par plusieurs autres intervenants.
Au Burkina Faso, Abdoul-Rodrigue Zida considère que la dégradation de la situation sécuritaire dans certaines zones frontalières impose un dialogue plus étroit entre les États concernés. « C’est déjà un symbole fort que le nouveau dirigeant essaie de se rapprocher de ses voisins immédiats. Il faut une communication franche autour des défis communs, notamment la lutte contre le terrorisme », a-t-il déclaré.
–Un changement de ton après l’ère Talon ?-
Pour plusieurs auditeurs, la différence essentielle réside dans l’arrivée d’un nouveau dirigeant à la tête du Bénin. Ils estiment que la diplomatie de Romuald Wadagni pourrait permettre de renouer des liens qui s’étaient fortement dégradés ces dernières années. Depuis le Sénégal, Arona Baldé estime que cette tournée n’est pas le fruit du hasard. « C’est une façon de rassurer les pays de l’AES et de montrer que la donne peut changer. Nous sommes des peuples frères condamnés à vivre ensemble par l’histoire et la géographie », a-t-il déclaré.
Même son de cloche en Guinée où Doré Idrissa voit dans cette initiative une opportunité de restaurer des relations historiques au bénéfice des populations. Selon lui, les tensions diplomatiques ont surtout pénalisé les citoyens, notamment les commerçants et les transporteurs contraints d’emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux. Malgré l’optimisme affiché, plusieurs intervenants appellent à la prudence. Beaucoup estiment qu’il faudra attendre les résultats concrets des travaux du comité d’experts mis en place entre le Bénin et le Niger avant de tirer des conclusions définitives.
Pour l’heure, la tournée régionale du président béninois est perçue comme un geste d’ouverture et de dialogue. Dans une sous-région confrontée à des défis sécuritaires, économiques et diplomatiques majeurs, les auditeurs de BBC Afrique espèrent qu’elle marquera le début d’une nouvelle dynamique de coopération entre le Bénin et les pays de l’AES.
















