Accueil A LA UNE Bénin : un complexe culturel pour préserver la mémoire et les traditions 

Bénin : un complexe culturel pour préserver la mémoire et les traditions 

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Connu pour son engagement en faveur de la valorisation des cultures africaines à travers sa musique, le reggaeman béninois Rasbawa, de son vrai nom Okuku Okambawa, s’apprête à inaugurer un ambitieux projet culturel dans son village natal de Kamoté, situé dans la commune de Glazoué, au centre du Bénin.
Par Irene Herman 
Baptisé « Complexe culturel Camille Dicamate  », le site entend devenir un espace de référence dédié à la préservation du patrimoine matériel et immatériel béninois. Le projet réunit une maison des ancêtres : Ilé-Iwin en Idatcha ou Hounhô en fon, un musée consacré au Vodoun, un centre culturel polyvalent : C. Amoros, baptisé en hommage au journaliste et écrivain béninois Camille Amoros et une bibliothèque spécialisée dans les œuvres d’auteurs africains et afro-descendants.
Pour l’artiste, cette initiative répond à une préoccupation profonde : la disparition progressive de savoirs, de pratiques et de lieux de mémoire transmis de génération en génération. « Nous sommes en train de perdre une partie importante de notre héritage culturel. Si nous ne protégeons pas ces symboles et ces objets aujourd’hui, les générations futures risquent de ne plus savoir d’où elles viennent », explique-t-il.
L’un des piliers du complexe est la Maison des ancêtres, appelée Ilé-Iwin en langue idatcha et Hounhô en fon. Ce lieu traditionnel existait depuis plusieurs générations mais s’était progressivement détérioré au fil des années. Selon Rasbawa, les mutations religieuses et sociales observées dans de nombreuses communautés ont contribué à l’abandon de certains espaces liés aux traditions ancestrales.
Face à ce constat, l’artiste a entrepris la restauration complète du site afin de préserver les objets et les récits qui lui sont associés. « Lorsque j’ai vu l’état de dégradation du lieu, j’ai compris qu’il fallait agir. Pour moi, il ne s’agit pas seulement de sauver un bâtiment, mais de préserver une mémoire collective », affirme-t-il.
Un musée Vodoun pour transmettre et expliquer-
Le complexe abritera également un musée consacré au Vodoun, religion et système de croyances né dans l’actuel Bénin avant de se diffuser dans plusieurs régions du monde, notamment dans les Caraïbes et les Amériques à travers l’histoire de la traite transatlantique. 
Ouvert aux visiteurs, aux étudiants et aux chercheurs, le musée présentera différentes divinités et expressions du patrimoine spirituel béninois. Des médiateurs culturels accompagneront le public afin de favoriser une meilleure compréhension de leur signification historique et sociale. L’objectif, selon Okuku Okambawa, est de contribuer à une meilleure connaissance du Vodoun, souvent victime de stéréotypes ou d’interprétations erronées.
Le centre culturel intégré au complexe accueillera des formations, des rencontres artistiques, des conférences et des spectacles. Pensé comme un lieu d’échanges entre générations, il ambitionne de soutenir la création contemporaine tout en maintenant un lien fort avec les traditions locales. « La culture n’est pas figée. Elle doit être transmise, mais aussi réinventée et partagée », estime Rasbawa.
Une bibliothèque dédiée aux voix africaines-
Le projet comprend également la Bibliothèque Cheikh Anta Diop, en hommage à l’historien, anthropologue et intellectuel sénégalais dont les travaux ont profondément influencé les réflexions sur l’histoire africaine. La bibliothèque accordera une place centrale aux auteurs africains et afro-descendants. Elle sera constituée d’ouvrages écrits essentiellement par des penseurs, chercheurs et écrivains issus du continent africain et de sa diaspora.
« Les œuvres de Cheikh Anta Diop ont permis à de nombreux Africains de redécouvrir leur histoire sous un autre regard. Cette bibliothèque s’inscrit dans cette même volonté de transmission des connaissances », souligne le reggaeman, auteur du projet.
Rasbawa a cependant salué les efforts entrepris par le président béninois Patrice Talon en faveur de la valorisation du patrimoine culturel et spirituel du pays. Selon l’artiste, la reconnaissance institutionnelle du Vodoun constitue une avancée majeure pour la réappropriation de l’identité africaine. « Pendant des siècles, le Vodoun a été mal compris et souvent diabolisé, aussi bien par certains regards extérieurs que par nos propres sociétés. Aujourd’hui, le Bénin montre qu’il est possible d’assumer cet héritage avec fierté, de le préserver et de le transmettre aux générations futures. Je salue cette démarche qui contribue à redonner au Vodoun sa place légitime dans notre histoire et notre culture », a-t-il déclaré.