Accueil A LA UNE Bénin-Diaspora : Transformer la croissance en prospérité 

Bénin-Diaspora : Transformer la croissance en prospérité 

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Sègbédji Parfait Aïhounhin, Directeur général de la Chambre de commerce Québec-Afrique

Depuis le Canada, où il œuvre à la structuration de partenariats économiques durables entre l’Afrique francophone et l’Amérique du Nord, Sègbédji Parfait Aïhounhin porte un regard à la fois engagé et analytique sur le programme de société du duo élu Wadagni-Talata. Directeur général de la Chambre de commerce Québec-Afrique, entrepreneur, enseignant et acteur de la coopération économique, il défend une approche centrée sur la transformation locale, les chaînes de valeur et la montée en puissance des petites et moyennes entreprises (PME). Dans cette contribution, il livre son analyse, ses attentes et un message adressé aux nouveaux dirigeants du Bénin.

Par Irene Herman

Pour Sègbédji Parfait Aïhounhin, le président élu au Bénin, Romuald Wadagni, incarne une continuité économique assumée, avec la perspective d’un approfondissement : celui du passage d’une croissance macroéconomique solide à une prospérité plus inclusive et productive. Le programme 2026-2033, structuré autour de 23 secteurs, met en avant des piliers essentiels tels que la technologie, l’agriculture, l’industrie, le commerce et l’inclusion financière.

Dans un contexte où le Bénin affiche des performances économiques remarquables, notamment une croissance de 7,5 % en 2024, l’enjeu n’est plus tant de croître que de mieux transformer cette croissance en richesse tangible : emplois durables, tissu entrepreneurial robuste et recettes publiques accrues. Cependant, l’analyste note une limite importante : si l’architecture du programme est cohérente, les mécanismes concrets d’accompagnement des acteurs économiques les plus vulnérables, très petites entreprises, femmes entrepreneures, jeunes, secteur informel et diaspora restent encore insuffisamment explicités.

-La diaspora comme levier stratégique-

Membre actif de la diaspora béninoise au Canada, Aïhounhin plaide pour un changement de paradigme. Selon lui, la diaspora ne doit plus être perçue uniquement comme une source de transferts financiers, mais comme un véritable moteur de développement économique. Elle représente un capital multiple : financier, humain, technologique et relationnel. L’enjeu consiste désormais à orienter une partie de ces flux vers des investissements productifs, capables de renforcer le tissu des PME et de stimuler la transformation locale.

L’accès au financement constitue, selon lui, l’un des principaux freins à l’essor entrepreneurial. Une part importante des entreprises béninoises reste exclue du crédit, en raison de l’informalité, du manque de garanties et d’une préparation bancaire insuffisante. Si le programme évoque l’inclusion financière, il gagnerait à détailler davantage les mécanismes permettant de relier microfinance, garanties publiques, accompagnement comptable et accès au crédit d’investissement. Sans cette continuité, les ambitions risquent de rester partiellement théoriques.

-Formaliser sans exclure-

Avec un taux d’emploi informel atteignant plus de 96 %, la réalité économique béninoise repose largement sur un secteur peu structuré. Pour Aïhounhin, il est essentiel d’éviter une approche punitive de la formalisation. Il propose une stratégie progressive, basée sur la formation, l’accompagnement et des incitations concrètes. Cette approche pourrait prendre la forme d’un programme national structuré autour de modules pratiques, de certifications légères et d’un accès facilité aux services financiers.

L’entrepreneuriat féminin apparaît comme un levier majeur de transformation économique. L’auteur appelle à en faire un pilier central de la politique productive, au-delà de sa dimension sociale. Par ailleurs, il insiste sur la nécessité de territorialiser la création de richesse. Il propose la mise en place de pôles économiques locaux capables de connecter formation, financement, production et marchés, en lien avec les collectivités et la diaspora.

-Créer une passerelle informel-PME-

Dans son adresse au président Wadagni, Sègbédji Parfait Aïhounhin insiste sur l’urgence de franchir le cap de la profondeur économique. Il appelle à faire de l’ascension entrepreneuriale une priorité nationale, en accompagnant concrètement le passage de l’activité de survie à l’entreprise structurée. Il propose notamment la création d’un programme innovant intitulé « Passerelle Informel-PME », destiné à faciliter la transition vers le formel.

Il invite également à institutionnaliser la relation avec la diaspora à travers des dispositifs clairs : guichets dédiés, co-investissements, sécurisation juridique et mobilisation des compétences. Enfin, il conclut sur une vision simple mais structurante : un État fort est avant tout un État qui permet à ses citoyens de produire de la richesse. En soutenant les entrepreneurs, en facilitant l’accès au financement et en valorisant la transformation locale, le Bénin pourrait enclencher un cercle vertueux de prospérité durable et partagée.