Accueil A LA UNE Musique : “40”, l’album bilan de David Tayorault

Musique : “40”, l’album bilan de David Tayorault

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David Tayorault, chanteur, compositeur, arrangeur et producteur

Après quatre décennies passées à façonner, explorer et enrichir la musique africaine, notamment ivoirienne, David Tayorault marque un cap symbolique avec la sortie de son dixième album intitulé “40”. Un titre volontairement simple, à l’image de la démarche de l’artiste : assumer pleinement un parcours dense, sans artifices. Il en a parlé à cœur ouvert avec Infostime.

Par Irene Herman 

« Ce chiffre résume tout », confie-t-il. Plus qu’un simple projet musical, 40, sorti en décembre 2025, se présente comme une rétrospective vivante, un condensé d’émotions et d’expériences accumulées au fil des années. L’artiste y revisite son histoire personnelle et professionnelle, en puisant dans les différentes influences qui ont jalonné sa carrière. Il s’agit d’un album anniversaire qui célèbre à la fois son parcours et son héritage.

Originaire de la Côte d’Ivoire, l’artiste puise son identité dans une richesse culturelle multiple. Né d’un père issu de la région de Dabou et d’une mère aux racines entre Grand-Lahou et le peuple Ega, David Tayorault revendique une triple appartenance culturelle. Cette diversité irrigue profondément sa musique. Dès l’ouverture de l’album, il ancre son propos dans la tradition, notamment à travers des sonorités locales, avant de déployer une palette musicale beaucoup plus large.

Fidèle à sa signature artistique, David Tayorault n’abandonne pas l’éclectisme qui a fait sa réputation. Zouk, funk, R’n’B, kompa, afrobeat ou encore sonorités traditionnelles ivoiriennes se côtoient dans un même élan créatif. « Je ne copie jamais un style, je me l’approprie », précise-t-il. En témoigne d’ailleurs le coupé-décalé ivoirien, dont il est l’auteur de la conception musicale. Une approche qui lui permet de rester actuel tout en conservant ses racines.

L’album s’inscrit également, à en croire son auteur, dans une volonté d’ouverture. Si son public historique reste fidèle, l’artiste affirme vouloir conquérir les nouvelles générations. « Rien n’est jamais acquis. Il faut toujours convaincre », insiste-t-il, rappelant que la musique est un univers en perpétuelle évolution. Cette quête d’exigence explique aussi son rythme de production relativement lent : dix albums en quarante ans. Un choix assumé. « Je privilégie la qualité à la quantité. Un album est fait pour durer », explique-t-il, à contre-courant d’une industrie musicale marquée par la rapidité et la surproduction.

Mais “40” ne se limite pas à une introspection. L’album s’ouvre sur une forte empreinte traditionnelle, symbole de son attachement à ses origines. Les langues locales y côtoient le français, traduisant une identité multiple et assumée. Au total, 14 titres composent ce projet, chacun reflétant une facette de son univers musical.

Au-delà de sa propre discographie, l’artiste a joué un rôle clé dans l’émergence de nombreux talents ivoiriens. Arrangeur, producteur, mentor, il a contribué à l’émergence de plusieurs figures de la scène musicale ivoirienne. Il a notamment révélé et accompagné des figures majeures comme le groupe Magic System. Il évoque également son soutien à des artistes tels que Josey ou encore Yodé et Siro, pour qui il a servi de tremplin à leurs débuts. Une implication qu’il considère comme une mission : celle de transmettre et d’ouvrir des portes aux nouvelles générations. « Le talent est essentiel, mais il faut aussi tendre la main », renchérit-il.

Avec, à son actif, 40 ans de carrière, David Tayorault ne parle ni de nostalgie ni de retraite. Au contraire, il revendique une dynamique intacte, portée par la passion. « Je fais le métier dont j’ai toujours rêvé », confie-t-il. Pour lui, “40”, bien plus qu’un album, est une œuvre de transmission, entre héritage et modernité, destinée à traverser le temps.