Bénin: …et l’économie ? Et l’éducation ?

Feu Mathieu Kérékou et feu Mgr. Isidore de-Souza, président du présidium de la conférence nationale des forces vives du Bénin (1990) archives

La conférence nationale s’est surtout penchée sur les problèmes politiques du Bénin. Il est donc normal que 30 ans après, presque personne ne parle du bilan économique de la conférence ni de ses acquis dans un domaine aussi vital que l’éducation.

Par Olivier Allocheme

Des noms illustres se sont bien intéressés à la problématique du développement sous son versant politique. La démocratie est-elle une voie menant au développement ? Telle était l’une des questions ayant agité les esprits durant la semaine écoulée. Et les réponses sont allées dans tous les sens, certains estimant que la démocratie n’est pas destinée spécifiquement et intrinsèquement à créer le développement, mais à créer le cadre adéquat de manifestation des libertés publiques et de gestion globale de la société. D’autres au contraire ont trouvé que la démocratie devrait servir au développement. Par conséquent, si elle n’y contribue pas il est vital de la corriger de façon à l’adapter aux impératifs de développement. C’est pratiquement la querelle de la poule et de l’œuf, sauf qu’ici chaque camp a bien en tête la récente sortie médiatique du chef de l’Etat qui a semblé dire que trente ans après la conférence nationale, le développement était encore à construire. Et donc que la démocratie telle qu’elle a été pratiquée jusqu’ici ne nous a pas apporté grand-chose en matière de développement. Certains y ont vu un signal d’une certaine dictature du développement, ce qu’il a fermement nié, bien entendu.

La question reste donc entière. 30 ans après la conférence nationale, ce qui préoccupe d’abord et avant tout les partis et l’opinion publique, c’est les questions politiques. L’on s’interroge très peu sur les choix économiques fondamentaux. Le libéralisme économique proclamé lors de la conférence était déjà un pas décisif, au regard des dix-sept années de dirigisme qui avaient abouti à la banqueroute de 1989. On oublie bien souvent que ce sont ces difficultés économiques majeures qui ont contraint le régime du PRPB à convoquer la conférence nationale. Oui, vous avez bien lu : ce n’est pas une quelconque aspiration des Béninois à la démocratie qui a fait convoquer la conférence, mais surtout la faim : pas de salaire, pas d’argent, faillite des banques, corruption des élites dirigeantes… Il est donc illusoire de penser qu’un véritable bilan de la conférence pourrait se faire sans mesurer les acquis économiques, mais aussi les défis qui se dressent dans ce domaine. Je persiste à croire que c’est le bilan le plus important quels que puissent être les colloques et autres séminaires-bilans qui ont pu se tenir la semaine dernière. Un bilan pour reposer les vraies questions : à quoi nous servent les banques si elles ne peuvent pas faire du crédit aux entreprises ? Comment relancer notre industrie ? Est-il normal que nous continuions à importer massivement du riz, du poulet, des engrais, des huiles alimentaires 30 ans après la conférence nationale, quand des pays autour de nous ont trouvé les moyens de réduire ces importations pour donner de l’emploi décent à leurs jeunes ? Question encore : Quelles sont les cultures RENTABLES pour une économie comme le Bénin ? En un mot, comment construire une économie véritable pour sortir du sous-développement ? Disons le mot : en excluant les débats économiques de nos débats nationaux, nous commettons les mêmes erreurs que le PRPB qui a pensé que le choix d’une idéologie suffisait pour le progrès d’un Etat.

Il en est de même pour l’éducation. L’omniprésence des débats politiques nous empêche de nous pencher sur les questions éducatives qui engagent le présent et l’avenir de tout le pays. Si en 1990, l’école avait déjà connu sa faillite avec les grèves et l’année blanche, qu’en est-il aujourd’hui, trente ans après ? La question mérite d’être posée quand on sait que le pays depuis lors est allé d’improvisation en improvisation, de gestion d’urgence en gestion d’urgence en matière éducative. Parce qu’il y a un grand vide dans la mise en place d’une véritable politique éducative. L’installation l’année dernière d’un Conseil national de l’éducation est le début de la réponse à la détresse que vivent les acteurs de terrain, face à la faillite du système. Mais là encore, je persiste à croire qu’il n’appartient pas à cet organe technique de définir une politique éducative, c’est-à-dire de faire les choix majeurs devant entrainer les changements sociétaux dans notre pays…

En un mot, une fois encore, nous avons manqué une occasion cruciale de nous poser les vraies questions qui doivent nous permettre de sortir de l’ornière.

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