
De son vrai nom Lompo Marchrist Mohamed, Mic Shine est un artiste bénino-nigérien aux multiples facettes. Étudiant en master en Arts et Culture option cinéma et industries culturelles et créatives, réalisateur de formation, auteur-compositeur-interprète et rappeur, il incarne une nouvelle génération d’artistes africains qui conjuguent excellence académique et engagement artistique. Son parcours témoigne d’une conviction profonde : l’art et l’intellect ne s’opposent pas, ils se nourrissent mutuellement.
Par Irene Herman
Pour Mic Shine, la musique n’est pas un simple choix de carrière. Elle est un héritage transmis par son père, grand passionné de musique. Dès son plus jeune âge, il développe une oreille musicale exceptionnelle. Son père remarque rapidement son talent lorsqu’il le voit retenir et chanter les génériques de feuilletons seulement quelques jours après les avoir entendus À la maison, les influences musicales sont variées : la rumba congolaise, le reggae et d’autres musiques africaines rythment son enfance. Cette richesse musicale façonne progressivement sa sensibilité artistique.
Le véritable déclic qui suscite sa passion pour le rap survient presque par hasard lorsqu’il découvre le morceau Winnie Winnie du rappeur béninois Dibi Dobo. Sans même savoir qu’il s’agit de rap, il est immédiatement séduit par cette manière de raconter et de transmettre des émotions. Quelques années plus tard, sa famille quitte le Bénin pour s’installer au Niger. C’est là qu’il découvre le rap français, très populaire auprès des jeunes. Les textes de La Fouine le marquent profondément et lui donnent envie d’écrire à son tour.
Très vite, d’autres artistes enrichissent son univers musical : Youssoupha, Kery James, Médine ou encore Sefyu. Ce sont surtout les rappeurs engagés, capables d’allier profondeur du message et qualité d’écriture, qui forgent son identité artistique. Pour Mic Shine, le rap est bien plus qu’un simple genre musical. Il y voit une véritable école de réflexion. Selon lui, ce type de musique oblige son auteur à repousser constamment ses limites intellectuelles grâce aux jeux de mots, aux figures de style et aux punchlines. Il cite notamment cette phrase du rappeur Kaaris qui l’a profondément marqué : « Je sais que le pouvoir de l’amour n’est rien face à l’amour du pouvoir ».
-L’écriture, un refuge-
C’est cette recherche permanente du mot juste, capable de transmettre une émotion avec force, qui l’a définitivement convaincu d’emprunter cette voie. « L’écriture est aussi devenue un refuge », lance-t-il. Durant son adolescence, marquée par des périodes difficiles, il découvre que mettre ses émotions en musique lui permet de mieux les comprendre et de les surmonter. Cette dimension intime du rap, où les artistes racontent leur vécu sans artifices, résonne profondément avec sa propre expérience.
« Faire du rap au Niger représente toutefois un défi », indique Mic Shine. Pour lui, l’industrie musicale y demeure peu structurée et les artistes peinent à trouver des producteurs, des managers ou des structures capables de les accompagner durablement. À cela s’ajoute une perception encore mitigée de l’art dans une partie de la société, où les métiers artistiques sont parfois considérés comme secondaires. Malgré ces difficultés, il choisit de persévérer. Avec d’autres jeunes passionnés, il apprend les codes du rap de manière autodidacte, en écoutant les artistes qu’ils admirent et en perfectionnant ensemble leur écriture. Selon lui, c’est avant tout la passion qui leur a permis de continuer malgré les obstacles.
Ses débuts se font au sein du groupe Wood KLM avec lequel il enregistre le titre Lydia. Il poursuit ensuite son parcours avec plusieurs collaborations, notamment Lève-toi, avant de lancer sa carrière solo avec Motema, Candidature puis Elle à ça. En 2020, il remporte le concours Hero Challenge, organisé par Save the Children et Breakthrough Action, une distinction qui vient conforter sa démarche artistique.















