

Devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop a livré ce lundi 28 septembre 2026, un discours qui dépasse largement les frontières du Mali. Souveraineté, autonomie stratégique, affirmation de l’Afrique et refonte du multilatéralisme : le chef de la diplomatie malienne a défendu une nouvelle doctrine internationale pour Bamako, tout en accusant certaines puissances étrangères d’alimenter l’instabilité au Sahel. Un discours offensif, qui place la Confédération des États du Sahel au cœur d’une recomposition géopolitique que le Mali considère désormais comme irréversible.
Par Irene Herman
Il y avait, dans la voix d’Abdoulaye Diop, le ton d’un pays qui ne veut plus seulement répondre aux crises, mais participer à la définition des règles du monde qui vient. À la tribune de l’Assemblée générale, M. Diop a livré un discours dense, frontal et résolument politique. Pendant son intervention, les mots : souveraineté, autonomie, coopération et Afrique sont revenus comme les piliers d’une même vision : celle d’un Mali qui entend désormais choisir ses alliances, contrôler davantage ses ressources et défendre ses intérêts sans accepter ce qu’il considère comme des injonctions venues de l’extérieur.
Le contexte n’est pas anodin. Le Mali intervient alors que le Sahel demeure confronté à une profonde crise sécuritaire et que les trois États membres de la Confédération des États du Sahel : Burkina Faso, Mali et Niger cherchent à renforcer leur coordination politique, militaire et économique. Mais le discours de New York ne s’est pas limité au Sahel. Il a surtout porté une question plus vaste : à quoi doit ressembler le système international dans un monde où les équilibres de puissance évoluent rapidement ? Pour Bamako, la réponse passe par une remise à plat du multilatéralisme.
-La souveraineté comme nouvelle boussole-
Abdoulaye Diop a placé son intervention sous le signe de la confiance. Le thème de la 81e session de l’Assemblée générale : « Restaurer la confiance, accompagner les transformations, une Organisation des Nations Unies au service de tous », a offert au ministre un point de départ pour exposer la conception malienne des relations internationales. Bamako, a-t-il expliqué, demeure attaché à un multilatéralisme réformé, fondé sur les principes de la Charte des Nations unies : égalité souveraine des États, respect de l’intégrité territoriale, non-ingérence et interdiction du recours à la force.
Mais derrière cette référence aux principes fondateurs de l’ONU se trouve une critique précise du fonctionnement actuel du système international. Le Mali dénonce ce qu’il considère comme une application sélective du droit international, la persistance de politiques de « deux poids, deux mesures », le recours aux sanctions unilatérales et les rapports de domination entre États. Selon Bamako, ces pratiques ont progressivement érodé la confiance des opinions publiques dans les institutions internationales. Le ministre a notamment appelé à la levée des mesures coercitives unilatérales qui, selon le gouvernement malien, affectent les populations civiles autant que les gouvernements auxquels elles sont destinées.
Cette critique s’inscrit dans une conception de la souveraineté qui dépasse désormais la seule dimension militaire. Pour le Mali, être souverain signifie pouvoir déterminer sa politique de sécurité, choisir ses partenaires diplomatiques, maîtriser ses ressources naturelles, développer ses propres capacités économiques et technologiques et, à terme, disposer d’une autonomie suffisante pour ne pas dépendre de décisions prises ailleurs. C’est cette conception qui structure aujourd’hui le rapprochement entre Bamako, Ouagadougou et Niamey.
-« Nous n’avons pas à cet égard d’injonctions à recevoir »-
La Confédération des États du Sahel, créée le 6 juillet 2024 à Niamey, apparaît dans le discours comme l’un des principaux instruments de cette stratégie. Abdoulaye Diop a réaffirmé la détermination des trois pays à poursuivre leur coopération contre le terrorisme et a salué l’action de leurs forces armées, notamment dans le cadre de la force unifiée de l’AES. Le ministre a également reconnu le soutien de la Fédération de Russie au Mali et à ses partenaires sahéliens. Cette évolution traduit une transformation majeure de la diplomatie malienne : les autorités ne cherchent plus seulement à diversifier leurs partenaires ; elles revendiquent explicitement le droit de déterminer elles-mêmes les contours de cette diversification. « Nous n’avons pas à cet égard d’injonctions à recevoir », a déclaré Abdoulaye Diop.
Le message est clair : la coopération internationale reste souhaitée, mais elle doit, selon Bamako, s’inscrire dans un rapport d’égalité. La lutte contre le terrorisme constitue naturellement le principal terrain de cette nouvelle doctrine. Le ministre a accusé des acteurs étrangers de contribuer à la déstabilisation du Sahel et a notamment mis en cause l’Ukraine, qu’il accuse d’avoir apporté un soutien à des groupes armés opérant dans la région. Ces accusations, formulées par le gouvernement malien, interviennent dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et de rapprochement entre Bamako et Moscou.
Abdoulaye Diop a présenté la menace contre le Mali comme une forme de guerre hybride combinant actions armées, pressions économiques et campagnes informationnelles. Il a également évoqué les attaques des 25 avril et 4 juillet 2026, qu’il considère comme révélatrices d’une coordination croissante entre différents groupes armés. Pour Bamako, la réponse ne peut donc plus être exclusivement militaire. Elle doit être régionale, économique, politique et technologique. Cette dernière dimension prend une importance nouvelle dans le discours malien.
Le gouvernement veut notamment renforcer la transformation locale des ressources naturelles, développer les capacités productives et créer davantage d’emplois pour une jeunesse qui arrive massivement sur le marché du travail. L’or et le lithium occupent une place particulière dans cette stratégie. Le ministre a également défendu les programmes « Malikoura 2063 » et la stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033 comme les instruments d’une transformation économique de long terme. L’objectif revendiqué est de réduire la dépendance aux financements extérieurs. « Nous comptons d’abord sur nous-mêmes », a déclaré Abdoulaye Diop.












