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Musique : Top-One Frisson, le frissonneur en chef d’une musique congolaise sans frontières

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De DJ étudiant à Alger à artiste visible sur toutes les plateformes, le chanteur congolais Top-One Frisson trace depuis près de trente ans une trajectoire résolument ouverte sur le monde sans jamais renier ses racines. Depuis Paris, où il vit, il a raconté à cœur joie, à travers une interview exclusive accordée à Infostime, son parcours.

Par Irene Herman

Il y a des noms d’artistes qui naissent d’une stratégie marketing. Celui de Top-One Frisson, lui, est né d’un malentendu de soirée étudiante et d’un secret de famille. Tout commence en Algérie, où le jeune Congolais anime des soirées africaines en tant que DJ. Lorsqu’il faut organiser la fête de l’indépendance congolaise, des amis affichent son nom sur des posters sans le consulter : « La soirée sera animée par le DJ Top-One ». Le surnom lui colle à la peau.

Quelques années plus tard, arrivé en France, il rejoint le groupe de musique « Les Jeunes Premiers » pour l’enregistrement de leur premier album, Nouvelle Gamme, en novembre 1997. Mais un problème se pose : sous son vrai nom, son père, farouchement opposé à une carrière musicale, l’apprendrait aussitôt. Il choisit donc de se cacher derrière « Top-One ». Le « Frisson » viendra plus tard, ajouté par des admiratrices qui confiaient frissonner en l’écoutant chanter. La fusion des deux donnera son identité artistique définitive.

Originaire de la République du Congo, Top-One Frisson revendique une palette d’influences résolument internationale. Michael Jackson, qu’il décrit comme le plus grand artiste, côtoie dans son panthéon personnel les figures de la rumba congolaise comme Papa Wemba, Angelou-Chevauchet, Pépé Kallé ou Emeneya, mais aussi le Malien Salif Keïta ou le Guinéen Sekouba Bambino. Cette ouverture, il l’attribue à ses années d’études. Des camarades maliens, ivoiriens ou d’ailleurs lui ont fait découvrir, à cette époque, des sonorités qu’il a intégrées à son propre style, naviguant depuis entre rumba, zouk et R&B selon les albums.

-Une discographie construite pas à pas-

Après deux albums avec Les Jeunes Premiers  Nouvelle Gamme, révélation africaine aux Kora Awards en 1998, puis Pre Millénium, nominé aux MJTX Awards à Paris, le groupe se disloque en 2001. Avec quelques compagnons : Coré Owandj et Desca NToure, il fonde alors Effo Perso, sous la bannière duquel il enregistre son premier album solo, Kimona Meso, qui signifie « la preuve, ce que l’œil a vu », sorti en 2008 sous la houlette du producteur Providence Niazaire. Seize titres, marqués par des collaborations avec Teeyah, Kaysha Anofela ou RCFA : Yondo Sister, Elizio, Lamine O’Mic, lui vaudront plusieurs récompenses, du Congo aux États-Unis, en passant par Londres.

Suivra, en 2015, Kifula Mpaka, « never give up » qui signifie la persévérance, coproduit avec le label américain African Caribbean de Chance le Gourou. Quelques singles complètent depuis le catalogue, ainsi qu’un nouvel EP, Ba lali, qui signifie : ils dorment. Le titre porte un message d’alerte : « Il ne faut pas rater le train, il faut se réveiller, il faut travailler », résume l’artiste, évoquant le réveil de l’Afrique.

Sur le fond, Top-One Frisson ne mâche pas ses mots concernant certaines dérives de la rumba contemporaine. Il regrette que nombre d’artistes misent sur des textes obscènes pour séduire le public commercial. « Quand la chanson est bien écrite, bien chantée, les gens peuvent apprécier », plaide-t-il, citant en contre-exemple le succès planétaire et intemporel de Thriller, l’album de Michael Jackson resté le plus vendu au monde malgré des thèmes sages. Il revendique aussi une ligne rouge : jamais de textes appelant à la violence. Ses chansons oscillent plutôt entre hommages intimes, comme Mama, dédiée aux mères, et messages panafricanistes, à l’image de « Do It for Me », un duo qu’il a réalisé avec l’infatigable Yondo Sister, appelant à l’unité africaine.

Interrogé sur les défis propres à la scène congolaise, l’artiste pointe une difficulté culturelle : la fidélité tribale du public, comparable, selon lui, à un supportérisme footballistique où l’on refuse d’apprécier l’équipe adverse, quel que soit le talent affiché. Il déplore également le coût croissant de la promotion musicale, un frein partagé, note-t-il, par l’ensemble des acteurs de la profession et pas seulement par les artistes congolais. L’histoire du père opposé à la musique connaît un épilogue heureux. Après la sortie du premier album de « Jeunes Premiers », celui-ci finit par accorder sa bénédiction, considérant que ses enfants avaient rempli leur part du contrat en obtenant leurs diplômes. En effet, Top-One Frisson est titulaire d’un master en fiscalité.