

L’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO), indique à travers une nouvelle étude que près d’une femme sur cinq vit désormais à moins de 50 kilomètres d’un événement de conflit meurtrier. Les résultats de cette étude précisent par la même occasion que la situation s’est fortement aggravée depuis la fin de la guerre froide. Les chiffres publiés par l’institut témoignent d’une progression inquiétante de l’exposition des femmes aux conflits armés.
Par Irene Herman
Le document indique qu’en 2025, environ 756 millions de femmes vivaient à proximité d’une zone touchée par des violences meurtrières. Depuis 1990, le nombre de femmes concernées a presque triplé. L’Afrique subsaharienne se trouve au cœur de cette crise. Dans cette région, environ une femme sur trois vit aujourd’hui à proximité d’un conflit, soit une multiplication par cinq depuis 2010. Certaines populations féminines sont confrontées à une violence qui s’installe dans la durée : près de 8,8 % des femmes de la région vivent dans des zones affectées par des conflits depuis plus de dix ans.
Vivre à proximité d’un conflit ne signifie pas seulement être exposé aux combats ou aux attaques, rappelle le document qui précise cependant que pour des millions de femmes, la guerre entraîne également la fermeture ou la dégradation des services de santé, l’interruption de la scolarité, la perte d’un emploi et une plus grande insécurité au quotidien. Les femmes et les filles sont ainsi confrontées à des conséquences durables, même lorsqu’elles ne sont pas directement victimes de violences physiques. La destruction des infrastructures et l’instabilité économique peuvent limiter leur accès aux soins, à l’éducation et aux opportunités professionnelles.
Selon Siri Aas Rustad, directrice de recherche au PRIO et auteure du rapport, l’augmentation de l’exposition des femmes aux conflits constitue bien plus qu’une statistique. Elle traduit des millions de vies marquées par l’insécurité, les difficultés d’accès aux soins et la réduction des perspectives d’avenir. L’Afrique subsaharienne particulièrement touchée. Pendant ce temps, seules les guerres en Ukraine et à Gaza occupent une place importante dans l’actualité internationale. Mais à coté, plusieurs conflits en Afrique connaissent eux aussi une forte intensification avec moins d’attention internationale.
Cette réalité est particulièrement préoccupante dans des régions où les institutions publiques et les infrastructures sont déjà fragiles. Lorsque les conflits se prolongent, leurs effets peuvent se cumuler pendant des années et renforcer la pauvreté et les inégalités. L’analyse du PRIO met également en évidence une relation entre le niveau d’exposition aux conflits et le bien-être des femmes. Les pays les plus fortement touchés par les violences obtiennent généralement de moins bons résultats dans le Women, Peace and Security Index, qui évalue notamment la situation des femmes en matière de sécurité, de justice et d’inclusion.
-Un contexte international préoccupant-
L’augmentation des conflits intervient alors que plusieurs mécanismes internationaux destinés à favoriser la paix semblent perdre de leur élan. Les nouvelles missions de maintien de la paix de l’ONU se font plus rares, tandis que l’aide au développement a fortement diminué. Dans certaines régions affectées par les conflits, les transferts d’armes ont parallèlement augmenté.
Pour les chercheurs, cette combinaison de facteurs risque d’aggraver l’instabilité et de rendre encore plus difficile la protection des populations civiles, notamment des femmes. Face à cette tendance, le rapport appelle à renouveler les efforts internationaux en faveur de la prévention des conflits, du maintien de la paix et de la coopération multilatérale.
Car derrière les 756 millions de femmes comptabilisées dans ces statistiques se trouvent des personnes dont la vie quotidienne est bouleversée par la guerre. Leur situation rappelle que les conséquences d’un conflit ne se mesurent pas uniquement au nombre de victimes ou de batailles : elles se mesurent aussi aux années d’éducation perdues, aux soins devenus inaccessibles, aux emplois disparus et aux vies vécues dans la peur. “Sans action internationale renforcée, l’ombre des conflits pourrait continuer de s’étendre sur la vie de millions de femmes à travers le monde”, conclut le rapport.













