
À 15 ans, Javier Cortez a quitté le Salvador, seul, avec l’espoir d’échapper aux violences familiales et de construire un avenir meilleur aux États-Unis. Son périple de quinze jours à travers le Guatemala et le Mexique, marqué par la peur, les cartels et l’incertitude, raconte la réalité vécue par de nombreux mineurs migrants d’Amérique centrale. Infostime est allé à sa rencontre. Voici son histoire.
Par Irene Herman
« Je souffrais tous les jours », confie aujourd’hui Javier, désormais âgé de 18 ans. « Je n’ai pas connu mon père et vivre avec ma mère était très difficile. Elle me frappait sans raison et me faisait beaucoup de mal psychologiquement ». Le déclic survient lorsqu’un oncle installé aux États-Unis propose de financer son voyage. « Ma mère m’a dit qu’il voulait que je vienne aux États-Unis. J’ai répondu tout de suite : « Bien sûr. » J’y pensais déjà depuis longtemps. Je ne me sentais plus bien chez moi ».
Le voyage commence par la traversée d’une rivière entre le Salvador et le Guatemala. La pluie tombait sans interruption ce jour-là. La rivière était en crue. Même le bateau n’était pas en bon état, se souvient-il. Avec d’autres migrants, tous animés par le même espoir d’une vie meilleure, Javier passe plusieurs nuits dans des maisons de fortune, parfois situées en montagne, où le froid est mordant. Ils ont dormi à même le sol, sans couverture, lance-t-il le regard tourné vers le haut.
Ils marchent parfois plus de douze heures d’affilée avant d’atteindre de nouveaux points de passage. Au Guatemala, puis au Mexique, la présence d’hommes lourdement armés devient une constante. « J’avais peur. Je n’avais jamais vu autant de personnes avec des armes ». À Aguascalientes, au Mexique, cette peur s’intensifie. « On nous a dit que les hommes qui contrôlaient l’endroit appartenaient à un cartel. Ils nous traitaient comme des étrangers. J’avais encore plus peur ».
Le groupe rejoint ensuite la région de Piedras Negras, près de la frontière américaine. Ils doivent patienter plusieurs jours après avoir appris qu’une fusillade ayant fait douze morts vient de se produire dans la région. Une nuit, Javier aperçoit quelqu’un tenter de pénétrer dans la maison où les migrants sont cachés. « Je n’ai pas réussi à dormir. J’ai prévenu les personnes qui nous accompagnaient. Je ne savais pas qui essayait d’entrer, mais je savais que ce n’était pas bon signe ». Le lendemain, les passeurs nous ont finalement conduit vers le Rio Grande. Là bas, ils nous ont juste donné quelques indications qui nous permettront de retrouver les officiers de l’immigration américain.
-L’arrivée aux États-Unis-
Après une heure et demie de marche, Javier est interpellé par un agent de l’immigration. « Il me criait dessus, mais je ne comprenais pas un mot d’anglais. Finalement, ils m’ont trouvé un traducteur ». Javier est ensuite placé dans un centre de rétention pendant vingt-quatre heures avant d’être transféré dans un foyer d’accueil pour mineurs non accompagnés. Il y restera cinquante et un jours. « Je n’avais aucune nouvelle de ma famille. C’était un long processus ».
Pour être libéré, son oncle doit prouver qu’il peut l’accueillir. Une ancienne condamnation de ce dernier retarde encore les démarches de plusieurs semaines. C’est ainsi qu’une tante à lui l’acceuille finalement grace à son casier judiciaire vide. Mais très vite, Javier semble déjà épuisé par le rêve américain. « Au début, je pensais que c’était le meilleur pays. Aujourd’hui, avec tout ce qui se passe autour de l’immigration, je ne me sens plus vraiment en sécurité. J’ai peur de ce qui pourrait arriver ensuite ».
Son objectif est désormais clair : économiser suffisamment pour soutenir sa famille et, dans pas longtemps, retourner dans son pays. « J’ai besoin de gagner de l’argent », explique-t-il. « Je dois aussi aider mon petit frère qui est resté au Salvador ». Derrière son histoire se dessinent les réalités de milliers de jeunes qui fuient les violences, les difficultés familiales ou la pauvreté, au prix d’un voyage semé de dangers. Pour beaucoup, la frontière américaine ne marque pas la fin de l’épreuve, mais le début d’une nouvelle vie faite d’incertitudes, de travail et d’espoir.














