

La 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies a été officiellement déclarée ouverte ce mardi après-midi, à 15 heures, heure de New York. La cérémonie a eu lieu quelques heures après la clôture de la précédente. Une passation rapide, presque mécanique, qui masque mal la gravité du moment que traverse l’institution.
Par Irene Herman
Le rituel s’est répété, immuable dans sa forme, presque solennel dans sa lenteur bureaucratique. C’est le diplomate bangladais Khalilur Rahman qui prend les rênes de cette nouvelle session, succédant à l’Allemande Annalena Baerbock. Sa présidence s’inscrit dans la rotation régionale coutumière, le tour revenant cette année au groupe Asie-Pacifique. Il a placé son mandat sous un intitulé qui sonne comme un vœu autant que comme un diagnostic : « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous ».
Ce thème n’a rien d’un simple exercice de style. Il traduit une inquiétude largement partagée au sein du système onusien : celle d’une organisation dont la légitimité s’érode, prise entre des blocages persistants au Conseil de sécurité, des difficultés de financement chroniques et une contestation croissante, de la part de certains États membres, de son efficacité à peser sur le cours des crises mondiales.
L’ouverture protocolaire de ce mardi n’est que le prélude à plusieurs semaines de tractations diplomatiques intenses. Le débat général : moment fort de l’année onusienne où se succèdent à la tribune chefs d’État et de gouvernement pour exposer leurs priorités face aux défis mondiaux se tiendra du 22 au 28 septembre. Autour de lui s’articule toute une semaine dite de haut niveau, avec ses sommets thématiques, ses réunions commémoratives et ses side-events innombrables.
Parmi les rendez-vous inscrits au calendrier : une réunion consacrée au quarantième anniversaire de la Déclaration sur le droit au développement le 23 septembre, une autre marquant les vingt-cinq ans de la Déclaration de Durban le 28 septembre, et une séance plénière sur l’élimination totale des armes nucléaires prévue le 29 septembre. Un sommet sur le climat, convoqué par le secrétaire général, doit par ailleurs réunir les grandes puissances économiques comme les nations les plus vulnérables face au dérèglement climatique.
–Le poids d’un secrétaire général en fin de mandat-
Cette session s’ouvre dans un contexte particulier pour António Guterres, dont le second mandat de secrétaire général s’achève en décembre 2026. Le Portugais, qui dirige l’Organisation depuis 2017, aborde donc ses derniers mois à ce poste alors que s’amorcent déjà, en coulisses, les discussions sur sa succession avec, en toile de fond, la question, jamais résolue en près de quatre-vingts ans d’existence de l’ONU, de la nomination d’une femme à sa tête.
Guterres avait résumé sa philosophie de l’action multilatérale en juin dernier, rappelant que la Charte des Nations Unies s’ouvre non pas sur l’invocation des puissants ou des vainqueurs, mais sur celle des peuples unis par une conviction commune de sécurité partagée. Le paradoxe qui accompagne cette rentrée onusienne n’est pas nouveau, mais il semble s’aiguiser un peu plus chaque année.
D’un côté, la multiplication des conflits, l’accélération du dérèglement climatique et la fragmentation géopolitique rendent plus indispensable que jamais un espace de dialogue universel. De l’autre, cette même organisation peine à convertir cette nécessité en autorité réelle, tant les rapports de force entre grandes puissances continuent de dicter, bien plus que le droit international, l’issue des crises les plus graves. Reste à savoir si cette 81e session parviendra, comme le proclame son thème, à « restaurer la confiance » ou si elle ne fera, comme tant d’autres avant elle, que prolonger le constat d’une organisation dont l’ambition universelle se heurte, années après années, aux mêmes limites structurelles.














