
Le Bénin poursuit la refonte de son système de permis de conduire, engagée depuis plusieurs années dans le cadre d’un programme plus large de modernisation des transports terrestres. Après la dématérialisation des procédures administratives, l’introduction de véhicules dédiés aux examens pratiques et le déploiement d’un permis biométrique, les autorités ont signé un nouvel arrêté le 26 mai 2026, qui redéfinit les conditions d’accès au permis. Face à la circulation de rumeurs sur les réseaux sociaux, l’Agence nationale des transports terrestres (ANaTT) a tenu à apporter des précisions officielles.
Par Moubarack Assoumbolo
Le texte, qui remplace une réglementation datant de 2015, vise avant tout à mettre fin aux disparités constatées entre auto-écoles. L’ancien arrêté ne fixait aucun volume horaire minimal de formation, laissant chaque établissement libre d’organiser son enseignement. Désormais, l’article 6 du nouveau texte impose un socle commun : 60 heures de cours de code de la route et 30 heures de conduite de base. Les candidats devront par ailleurs obtenir une note minimale de 14 sur 20 à l’examen théorique avant de pouvoir accéder à la formation pratique.
La réforme introduit également deux nouvelles catégories de permis : le B1, destiné à la conduite de tricycles et quadricycles à moteur, et le BEA, réservé aux véhicules équipés d’une boîte de vitesses automatique. L’accès des plus jeunes est par ailleurs facilité. Les candidats âgés de 17 ans pourront désormais se présenter à l’examen avec une autorisation parentale, tandis que le permis A2 autorisant la conduite de motocyclettes de 75 à 400 cm³ devient accessible dès 16 ans.
L’article 9 de l’arrêté ministériel n°100/MCVT/DC/SGM/DITA/ANATT/SA/SGG26, signé par José Tonato — alors ministre du Cadre de vie et des Transports, aujourd’hui conseiller spécial du président Romuald Wadagni — prévoit en outre deux filières de préparation à l’examen pratique. La première, dite « standard », s’étend sur une durée minimale de six mois. La seconde, accélérée, impose 120 heures de conduite effective, dont 30 heures de base, attestées par un livret d’apprentissage et une fiche de suivi délivrés par l’auto-école. Selon l’ANaTT, ces deux parcours débouchent sur le même diplôme, mais répondent à des rythmes d’apprentissage différents.
–Le prix de la formation au centre des inquiétudes-
L’annonce de la réforme a suscité des inquiétudes sur son coût, certaines rumeurs évoquent une hausse jusqu’à 600 000 francs CFA soit environ 915 euros. L’Association des auto-écoles agréées du département de l’Atlantique (4A) a tenu à démentir ces informations. Elle indique que les tarifs actuels, compris entre 100 000 et 150 000 francs CFA soit entre 150 et 230 euros, demeurent en vigueur. Des coûts que confirme cependant, l’ANaTT. Auguste José-Marie Adjovi, directeur des Études au sein de l’agence renchérit, en précisant que le nouvel arrêté n’impose aucune revalorisation tarifaire et ne comporte aucune disposition obligeant les établissements à augmenter leurs prix.
Si l’objectif affiché de renforcement de la sécurité routière est globalement salué, les réactions des usagers restent partagées. À Djougou, ville située à 464 kilomètres de Cotonou, Carolle se réjouit de l’assouplissement des conditions d’accès pour les mineurs. À Cotonou, la capitale en revanche, le chauffeur de taxi Éric redoute que l’allongement des délais entre l’examen théorique et l’examen pratique ne complique et n’alourdisse financièrement le parcours des candidats.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte où la sécurité routière demeure une préoccupation majeure au Bénin. Selon le Centre national de sécurité routière (CNSR), 624 décès ont déjà été recensés sur les routes du pays depuis le début de l’année 2026. Les autorités espèrent qu’une formation plus rigoureuse et mieux encadrée contribuera à réduire ce bilan, tout en renforçant la crédibilité du permis de conduire béninois, notamment dans la perspective d’une reconnaissance régionale accrue.














