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Le Bénin souhaite une ONU plus efficace, une Afrique mieux représentée et un avenir mieux préparé

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L’ambassadeur Marc Hermanne Gninadoou Araba, représentant permanent du Bénin auprès des Nations unies lors de son intervention / 28 Septembre 2026

Prenant la parole au nom de son pays lors de la 81e session de l’Assemblée générale, l’ambassadeur Marc Hermanne Gninadoou Araba, représentant permanent du Bénin auprès des Nations unies, a livré ce lundi 28 Septembre 2026, un plaidoyer en faveur d’un multilatéralisme capable de répondre aux transformations du monde plutôt que de les subir. Face à un monde marqué par les guerres, le terrorisme, les fractures économiques, le dérèglement climatique et l’accélération technologique, Cotonou entend faire de l’anticipation le nouveau réflexe du multilatéralisme. 

Par Irene Herman 

Le représentant permanent du Bénin, Marc Hermanne Gninadoou Araba, a porté un message à la fois africain et résolument international : l’avenir ne se subit pas, il se prépare. « L’avenir ne s’attend pas, il se prépare », a-t-il déclaré, faisant de cette conviction le fil conducteur de l’intervention béninoise.  Le diplomate béninois a d’abord rendu hommage à António Guterres, dont le mandat de Secrétaire général s’achève à la fin de 2026. 

Il a salué un responsable qui, selon Cotonou, a constamment défendu l’idée qu’aucun État ne peut durablement assurer seul sa sécurité et sa prospérité. Mais au-delà de cet hommage, c’est l’avenir de l’organisation qui était au cœur du message béninois. Cotonou soutient les efforts engagés dans le cadre de l’initiative ONU80, destinée à améliorer l’efficacité, la cohérence et le fonctionnement du système des Nations unies. Mais le Bénin pose une condition politique à cette transformation : réformer l’ONU ne doit pas seulement consister à réduire ses coûts. Il faut surtout accroître son impact.

Une organisation plus efficace doit, selon le représentant béninois, être capable de mieux prévenir les conflits, répondre plus rapidement aux crises humanitaires, soutenir le développement et anticiper les transformations qui bouleversent déjà les sociétés. Cette réforme ne saurait cependant être uniquement administrative. Pour Cotonou, elle doit également toucher à la gouvernance mondiale.

Le Conseil de sécurité demeure, dans cette perspective, l’un des symboles les plus visibles du décalage entre les institutions héritées de l’après-guerre et les réalités du XXIe siècle. L’Afrique ne dispose toujours d’aucun siège permanent dans cet organe chargé de la paix et de la sécurité internationale. Le Bénin réaffirme donc son soutien à la position commune africaine sur la réforme du Conseil de sécurité. Le message est sans ambiguïté : l’Afrique ne réclame pas un privilège, mais une représentation qui corresponde davantage au poids et aux réalités du continent. « La gouvernance de la paix et de la sécurité internationale » ne peut, selon cette approche, rester structurée autour d’équilibres conçus pour un monde profondément différent de celui d’aujourd’hui.

-De la sécurité au climat, les mêmes défis appellent les mêmes réponses-

Cette volonté de rééquilibrage trouve également une traduction concrète dans la question sécuritaire. Pour le Bénin, le terrorisme représente désormais une menace qui ignore les frontières et exploite les vulnérabilités économiques et sociales. Le pays affirme renforcer ses capacités de défense, la surveillance de son territoire et sa coopération avec ses voisins. Mais l’approche défendue à New York ne se limite pas à la réponse militaire. Elle repose sur trois impératifs : prévention, alerte et action précoce.

Le partage du renseignement, la coopération transfrontalière et la coordination entre mécanismes nationaux, régionaux, africains et internationaux doivent, selon Cotonou, être renforcés. Le Bénin insiste également sur les facteurs économiques et sociaux de la stabilité. Éducation, emploi, infrastructures et perspectives offertes à la jeunesse participent, dans cette vision, à la prévention des vulnérabilités susceptibles d’être exploitées par les groupes terroristes. La même logique s’applique au financement du développement.

De nombreux pays en développement doivent aujourd’hui financer simultanément leur croissance, la transition énergétique, l’adaptation climatique, la santé, l’éducation et la transformation numérique. Or leurs marges budgétaires restent limitées et l’accès aux financements demeure souvent plus coûteux. Cette situation, selon Cotonou, constitue désormais une question de sécurité collective. Une communauté internationale qui veut prévenir les crises doit également donner aux pays les moyens de financer leur développement.

Le Bénin appelle ainsi à une transformation de l’architecture financière internationale afin de rendre les financements plus accessibles, prévisibles et adaptés aux trajectoires des économies en développement. La question climatique s’inscrit dans la même logique. L’Afrique, qui contribue relativement peu aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, figure parmi les régions les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique. Le Bénin demande donc que l’adaptation, la résilience et les pertes et dommages bénéficient d’une réponse à la hauteur des réalités vécues par les populations.

Mais Cotonou refuse de présenter le développement et la transition énergétique comme deux objectifs contradictoires. La transition, défend le pays, doit également devenir une occasion d’industrialiser l’Afrique, de créer des emplois et d’améliorer l’accès à l’énergie. C’est dans cette même perspective que le Bénin aborde l’une des grandes transformations technologiques de notre époque : l’intelligence artificielle.

-Prévenir plutôt que subir, dans une approche holistique-

L’IA pourrait, selon Cotonou, contribuer à améliorer les systèmes de santé, l’éducation, l’agriculture, l’accès au savoir et l’efficacité des administrations. Mais elle risque aussi de créer de nouvelles formes de dépendance si les pays africains demeurent exclusivement consommateurs de technologies développées ailleurs. Données, infrastructures numériques, capacités de calcul et technologies critiques pourraient devenir les nouveaux déterminants de la puissance.

Le Bénin appelle donc à une gouvernance internationale de l’intelligence artificielle qui associe pleinement les pays du Sud. L’Afrique, insiste le diplomate, ne doit pas être seulement un marché pour les technologies de demain. Elle doit pouvoir devenir un espace de création, d’innovation et de production. Cette ambition technologique rejoint une vision plus large de la souveraineté : être capable de participer à la production des solutions qui façonneront le monde de demain plutôt que de simplement les importer. Le discours béninois s’est enfin aventuré sur un terrain à la fois historique et symbolique : celui de la relation entre l’Afrique et sa diaspora.

Pays profondément marqué par l’histoire de la traite négrière, le Bénin entend transformer cette mémoire douloureuse en une possibilité de reconnexion. La politique permettant, dans les conditions prévues par la législation nationale, à certains Afro-descendants de renouer avec la nationalité béninoise est présentée comme davantage qu’une procédure administrative. Cotonou veut y voir un acte de retrouvailles avec une histoire, une terre et une identité dont des générations ont été séparées par la force.

Le message adressé aux Afro-descendants est celui d’une relation nouvelle : la mémoire ne doit pas seulement rappeler ce qui a été perdu ; elle peut aussi devenir le point de départ de ce qui peut être reconstruit. Le Bénin entend ainsi se présenter comme une terre de mémoire, mais surtout comme une « terre de retrouvailles, de transmission et d’avenir ». Au terme de son intervention, Marc Hermanne Gninadoou Araba est revenu à l’idée qui aura traversé l’ensemble du discours : aucun État ne pourra affronter seul les transformations qui s’annoncent.

Dans une ONU en quête de confiance et de renouvellement, le Bénin propose ainsi une conception du multilatéralisme qui ne se contente pas de gérer les crises présentes. Il veut une organisation capable de regarder plus loin, de corriger ses déséquilibres et de permettre aux pays en développement de prendre part à la définition des règles qui façonneront le siècle. Le message de Cotonou tient finalement en une formule : restaurer la confiance, c’est retrouver la capacité d’agir ensemble ; gérer les transformations, c’est choisir de les préparer plutôt que de les subir.