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« Je n’ai pas vu le temps passer » : 30 ans de musique, de passion et de transmission

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Don Métok, chanteur, auteur, compositeur musicien et interprète

Depuis trois décennies, Sourou Ignace METOKIN, mondialement connu sous le nom de scène Don Métok, fait vibrer les scènes nationales et internationales grâce à son talent de chanteur, musicien et compositeur. Véritable ambassadeur de la musique béninoise, il a su imposer sa signature artistique au fil des années, tout en demeurant fidèle à ses racines et aux valeurs qui fondent son engagement culturel. À l’occasion de ses 30 ans de carrière, l’artiste revient, dans un entretien exclusif accordé à Infostime, sur les moments marquants de son parcours. Un échange sincère et inspirant avec l’une des figures majeures de la musique béninoise contemporaine.

Par Irene Herman 

Lorsqu’il évoque ses débuts, l’émotion est encore intacte. Il se souvient avec précision de sa première rencontre avec son tout premier producteur, feu André Quenum, dans un petit studio  baptisé « Musigerme », à Gbégamey, un quartier du sud-ouest de Cotonou. Tout est parti d’un concours inter-collèges organisé par l’Office de Radio et de Télévision du Bénin, grâce auquel le jeune chanteur est repéré. « Je me rappelle encore comme si c’était hier. J’avais peur de signer un contrat. Je ne savais pas ce que cela impliquait. Je n’avais aucune expérience, mais j’étais passionné ».

Cette signature marque le début d’une aventure artistique qui, sans qu’il s’en aperçoive, durera plus de trente ans. C’est seulement au détour d’une conversation avec l’un des membres fondateurs du groupe les sphinx du Ceg Gbégamey d’alors, rencontré lors d’un séjour à Paris, qu’il prend conscience du chemin parcouru. « Nous parlions de nos débuts quand je me suis rendu compte que cela faisait déjà trente ans que je faisais de la musique. Je n’avais jamais compté. Mon objectif était simplement de travailler, satisfaire le public et continuer d’avancer ».

Plus que les distinctions ou la notoriété, c’est l’expérience acquise qui constitue, selon lui, le véritable trésor de ces trente années. « Nous avons connu des hauts et des bas. Nous avons reçu des coups, vécu des exploits. Tout cela forge une personnalité. Aujourd’hui, j’avance avec le sourire parce que ces expériences m’ont rendu plus stable ». Sa longévité, explique-t-il, repose avant tout sur une passion intacte. « Si nous continuons à faire ce métier après tout ce temps, c’est parce que nous l’aimons profondément. »

-Du reggae à la « Tradipop »-

Avant de devenir l’un des ambassadeurs des sonorités béninoises contemporaines, l’artiste était un fervent adepte du reggae. Bob Marley, Alpha Blondy, Lucky Dube ou encore Peter Tosh ont profondément marqué ses premières années. « Mon premier album, sorti en 1996, était un album typiquement reggae ». Mais au fil des voyages et des rencontres, une évidence s’impose : il lui faut construire sa propre identité. « Le reggae venait d’ailleurs. Si je restais uniquement dans ce style, je prenais le risque de vivre dans l’ombre des autres. Alors que je voulais être moi-même ».

Il décide alors de puiser dans le patrimoine musical béninois, nourri depuis l’enfance par les chansons traditionnelles que sa mère lui faisait écouter. De cette fusion naît un style personnel qu’il baptise Tradipop, contraction de « musique traditionnelle populaire ». « L’idée est de partir des rythmes traditionnels, de les moderniser et de les rendre accessibles à tous, sans perdre leur essence », confie-t-il.  Même dans cette évolution artistique, les influences reggae demeurent perceptibles, discrètement intégrées à chacune de ses compositions.

Parmi son riche répertoire, une chanson continue d’accompagner toutes ses prestations : celle dédiée aux Écureuils du Bénin, composée en 2001. Ironie du sort, cette œuvre devenue un véritable hymne populaire est née presque par hasard. À l’époque, l’artiste produisait une émission consacrée au football sur Golfe FM, une des radio privée du Bénin. Un téléthon est organisé pour soutenir l’équipe nationale. Les appels d’enfants offrant parfois seulement cinquante francs CFA pour encourager les joueurs le bouleversent. « Je me suis demandé ce que moi, artiste, je pouvais faire ».

Encouragé par un collègue qui le met au défi, il rejoint immédiatement un studio d’enregistrement. « Je n’avais rien écrit. Tout ce que l’on entend dans cette chanson est venu spontanément devant le micro ». Quelques heures plus tard, le morceau est terminé. La suite appartient à l’histoire. « Dès sa diffusion, c’était de la folie. Tout le pays la chantait. Les radios la diffusaient partout. Aujourd’hui encore, les supporters la réclament à chaque concert ». Un succès immense… qui amuse autant qu’il fatigue parfois son auteur. « Je plaisante souvent en disant que cette chanson me fatigue, mais je suis obligé de la chanter. Elle appartient désormais au public ».

Découvrez toute la discographie de l’artiste

Après une décennie sans nouvel album, l’artiste revient avec FÈNU, un projet qu’il mûrit depuis longtemps. Contrairement à ce que beaucoup pensaient, il n’avait jamais cessé de composer. « Les chansons existaient depuis des années. Je les écoutais sans cesse et je repoussais toujours leur sortie ». Le message de l’album est profondément humaniste. Pour lui, chaque être humain reçoit un talent particulier qu’il doit cultiver avec passion. « Tout le monde ne peut pas être policier, maçon ou cultivateur. Chacun possède un don. Il faut en être fier et l’exercer avec amour ».

À travers cet album, il invite chacun à cesser de se comparer aux autres. « Beaucoup de personnes sont malheureuses parce qu’elles veulent vivre la vie des autres. Pourtant, le véritable bonheur consiste à accomplir pleinement ce pour quoi nous sommes faits ». 

S’il se réjouit de la richesse culturelle du Bénin, il regrette que celle-ci ne bénéficie pas encore d’un véritable accompagnement institutionnel. « Le Bénin est un pays riche culturellement, mais il n’a pas encore développé une véritable culture de la promotion de sa culture ». Selon lui, le pays regorge de talents capables de rivaliser avec les plus grands artistes du continent. Ce qui manque, ce sont des structures solides et des investissements durables. « Aucun grand artiste dans le monde n’a réussi sans une véritable industrie derrière lui ». Il appelle notamment à une implication plus forte de l’État afin d’encourager les entreprises qui choisissent d’accompagner les artistes. 

–Une jeunesse qui retrouve ses racines-

Malgré ces difficultés, l’artiste se montre optimiste lorsqu’il observe la nouvelle génération. Ce qui le réjouit particulièrement, c’est de voir les jeunes chanter de plus en plus dans les langues nationales. « C’est une immense fierté. Lorsqu’on chante dans sa langue, on construit d’abord une base solide auprès de son propre peuple ». Même si les styles musicaux ont évolué, il reconnaît dans certaines œuvres l’influence des artistes de sa génération. « Ils nous écoutent. On retrouve parfois notre manière de raconter les choses dans leurs chansons ». Loin de cultiver le secret, il affirme être prêt à transmettre son savoir à ceux qui souhaitent apprendre. 

Après trente années de carrière, son principal conseil aux jeunes artistes est simple : savoir évoluer. « La musique change constamment. Si vous refusez le changement, vous finirez par appartenir au passé ». Il résume cette idée par une image qui lui ressemble. « Si toute votre vie vous vendez des mangues, mais que les consommateurs veulent désormais des citrons, il faut savoir s’adapter. Sinon, vous serez dépassé ». Une philosophie qui explique sans doute sa remarquable longévité : rester fidèle à ses racines sans jamais cesser d’évoluer. Après trois décennies de carrière, l’artiste demeure ainsi l’un des visages majeurs de la musique béninoise. Entre mémoire, transmission et innovation, son parcours rappelle qu’une carrière durable ne repose pas uniquement sur le talent, mais aussi sur la passion, l’humilité et la capacité de se réinventer sans renier son identité.