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De la mode à Malaika : le pari de Noëlla Coursaris Musunka pour l’éducation des filles congolaises

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Noëlla Coursaris Musunka entourée de ses étudiants, dans la joie, lors d'une cérémonie de remise de diplômes

Du mannequinat international à la création de la fondation Malaika, Noëlla Coursaris Musunka a fait de l’éducation des filles son combat. Depuis 2007, son organisation transforme des vies  et des personnes en République démocratique du Congo grâce à une école gratuite, un centre communautaire et des projets d’accès à l’eau potable. Dans cet entretien exclusif accordé à Infostime, elle revient sur son parcours, les défis auxquels font face les jeunes filles africaines et le message qu’elle adresse à la jeunesse : croire en ses rêves, oser agir et ne jamais laisser son point de départ définir son avenir.

Propos recueillis par Irene Herman 

Infostime : Votre histoire personnelle, marquée par la résilience et le dépassement de soi, a inspiré de nombreuses personnes. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le chemin parcouru ?

Noëlla Coursaris Musunka : c’est un parcours dont je suis très fière, car Malaika a été fondée en 2007 par moi-même et une équipe incroyable de bénévoles, et fêtera ses 20 ans l’année prochaine. Malaika est une organisation à but non lucratif qui a commencé avec une école gratuite pour filles, accueillant aujourd’hui 430 élèves âgées de 5 à 18 ans, située à Kalebuka. Je suis heureuse de tout ce que nous avons accompli et de toutes les étapes que nous avons franchies. Je suis honorée que nous soyons une équipe soudée, composée de personnes exceptionnelles, et du travail que nous avons pu accomplir pour soutenir la communauté de manière holistique.

Infostime : Vous êtes passée des podiums internationaux à l’action humanitaire. Comment avez-vous réussi à concilier ces deux univers souvent perçus comme opposés ?

NCM : je réussis à concilier ces deux univers en restant toujours attachée à mes racines et à ma communauté. Ce que j’apprends au sein de Malaika, j’aime le partager dans des environnements internationaux, aussi bien les réussites que les défis. Et tout ce que j’apprends lors d’événements internationaux me permet de mieux comprendre le monde de demain, ses enjeux, ses projets et les personnes qui le façonnent. Je siège d’ailleurs au conseil d’administration de plusieurs organisations internationales, ce qui nourrit ces échanges et élargit mon regard sur les enjeux du continent.

Infostime : À travers la fondation Malaika, vous avez transformé la vie de nombreuses jeunes filles en République démocratique du Congo. Quel impact vous rend le plus fière aujourd’hui ?

NCM : Aujourd’hui, c’est l’impact holistique que nous avons sur les filles et sur la communauté qui me rend la plus fière, non seulement à travers l’éducation, mais aussi à travers tous les autres aspects de notre accompagnement. Malaika œuvre au Congo pour l’éducation et l’autonomisation des jeunes, à travers un modèle intégré comprenant une école gratuite de la maternelle au secondaire pour 430 filles, un centre communautaire qui impacte plus de 5000 jeunes par an gratuitement, des programmes d’accès à l’eau potable grace à 32 puits construits au bénéfice de plus de 45.000 personnes ainsi que, la formation professionnelle et le sport pour le développement. Ce qui me touche particulièrement, c’est de voir les filles qui sont arrivées à Malaika très jeunes et qui sont aujourd’hui devenues de jeunes femmes ayant terminé leur éducation. Les voir lors des cérémonies de remise de diplômes, épanouies et porteuses de rêves pour leur avenir, est extrêmement émouvant. À ce jour, nous avons célébré quatre remises de diplômes et, chaque année, nous voyons une nouvelle promotion diplômée de l’école gratuite pour filles de Malaika, mais aussi de nos cours et formations professionnelles proposés à des centaines de jeunes au sein de notre centre

communautaire. Nous continuons à aider ces étudiantes pendant leurs études supérieures en université ou en formation professionnelle. Aujourd’hui, il y a 403 élèves qui ont reçu leurs diplômes de nos formations techniques et 8 de nos élèves sont en études supérieures à l’étranger.

Infostime : L’éducation des filles est au cœur de votre engagement. Pourquoi considérez-vous cet enjeu comme essentiel pour l’avenir de l’Afrique ?

NCM : L’éducation des filles est en effet un enjeu essentiel pour l’avenir de l’Afrique, et c’est un sujet qui mérite aujourd’hui d’être placé au premier plan. Personnellement, j’aimerais voir davantage de femmes leaders en Afrique, car elles ont beaucoup à apporter dans les postes de responsabilité et de décision. Donner accès à l’éducation aux filles, c’est leur donner les moyens de construire leur avenir, de participer au développement de leur communauté et, demain, de devenir des actrices du changement.

Infostime : Malgré les progrès observés, quels sont selon vous les principaux obstacles qui empêchent encore les jeunes filles africaines d’accéder à une éducation de qualité ?

NCM : Les principaux obstacles restent encore aujourd’hui l’accès limité à l’éducation pour les jeunes filles en Afrique ainsi que les inégalités de genre, en particulier en Afrique subsaharienne et dans les zones rurales. En effet, en Afrique subsaharienne, une part importante des enfants n’a toujours pas accès à l’école. À cela s’ajoutent la pauvreté ainsi que le manque d’accès à d’autres ressources essentielles, qui permettent aux enfants de suivre une éducation complète et de qualité sans obstacles. C’est pourquoi il est important de continuer à investir dans l’éducation et à créer des environnements qui permettent aux jeunes filles de développer pleinement leur potentiel. Et lorsque ces obstacles sont levés, les résultats sont bien réels : à Malaika, Marceline est aujourd’hui en troisième année de génie logiciel à l’université, Consolate se spécialise dans le codage informatique et Aimerance étudie le génie civil.

Infostime : Vous êtes souvent présentée comme un modèle de réussite africaine. Comment gérez-vous cette responsabilité auprès des jeunes générations ?

NCM : C’est une grande responsabilité d’être considérée comme un modèle de réussite africaine. C’est très valorisant, car cela montre que le projet de Malaika a eu un réel impact et continue de se développer. Je mène Malaika à titre bénévole, mais j’ai également une vie personnelle : j’ai deux enfants et un mari. Cela représente beaucoup de travail et d’investissement. À Malaika, nous ne pouvons jamais vraiment nous arrêter : il ne s’agit pas toujours de lancer de nouveaux projets, mais nous devons en permanence améliorer et renforcer ce que nous faisons déjà. Je dois donc donner le meilleur de moi-même en permanence, tout en restant attachée à notre mission principale et en continuant à croire en l’avenir, au changement et aux opportunités que nous pouvons créer pour les jeunes filles.

Infostime : Le monde de la mode évolue vers davantage de diversité et de représentation. Pensez-vous que l’Afrique et les femmes africaines y occupent aujourd’hui la place qu’elles méritent ?

NCM : Je pense que l’Afrique occupe déjà une place importante dans le monde, mais qu’elle pourrait être encore davantage reconnue. On le voit d’ailleurs à travers le football : voir l’équipe nationale congolaise se hisser à ce niveau lors de la Coupe du monde et unir tout un peuple est une immense source de fierté, et montre la force du continent lorsqu’il avance ensemble. Cela fait aussi partie du travail que nous faisons lorsque nous invitons des personnes à venir visiter Malaika : nous voulons leur montrer la réalité du quotidien et ce qu’est réellement la vie à Malaika. Concernant les femmes africaines, je pense qu’il existe déjà de nombreuses femmes qui occupent des postes importants à travers le monde, ainsi que des femmes d’origine africaine qui accomplissent des choses remarquables. Cela me fait très plaisir, car ce sont souvent des femmes fortes, inspirantes et porteuses de changement. Mais il reste encore du travail, et davantage de portes doivent s’ouvrir pour toutes ces femmes qui ont une histoire, une vision et qui peuvent contribuer à faire évoluer les choses.

 

Infostime : La République démocratique du Congo possède un immense potentiel humain et économique. Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse congolaise ?

NCM : En effet, la RDC possède un immense potentiel humain et économique. Mon message à la jeunesse congolaise est de croire en ses rêves, de se projeter dans l’avenir et de ne pas laisser les situations dans lesquelles elle grandit définir le reste de sa vie. Il faut oser prendre la parole, se fixer des objectifs, oser frapper aux portes et croire en soi. La RDC est un pays qui va continuer à beaucoup se développer malgré les obstacles, et cela est entre les mains des jeunes générations d’aujourd’hui. L’avenir leur appartient, et je suis très fière de cette génération africaine. Moi, je crois très fort en eux. En voyant les filles et tous les jeunes à Malaika, je sais qu’ils sont forts et qu’ils porteront le changement.

Infostime : Quel rôle les personnalités publiques et les influenceurs africains devraient-ils jouer dans le développement social et éducatif du continent ?

NCM : Les personnalités publiques et les influenceurs africains ont un rôle important à jouer dans le développement social et éducatif du continent, car ce sont eux qui donnent l’exemple. Cet exemple doit être tourné vers le développement de l’éducation et des opportunités. Ils ont une capacité unique à inspirer, sensibiliser et mobiliser les jeunes générations. Leur voix peut contribuer à mettre en lumière des sujets essentiels, encourager l’ambition et montrer que de nouveaux parcours sont possibles.

Infostime : Si vous pouviez transmettre une seule leçon tirée de votre parcours à une jeune fille africaine qui rêve de changer sa vie, qu’allez-vous lui dire ?

NCM : Si je pouvais transmettre une seule leçon tirée de mon parcours à une jeune fille africaine qui rêve de changer sa vie, je lui dirais simplement de croire en ce rêve, d’avoir un objectif précis, de trouver des sources d’inspiration et d’oser faire quelque chose qui n’a peut-être jamais été fait auparavant. Je lui dirais de ne pas se laisser abattre par les obstacles. Je lui dirais aussi de rester proche de sa communauté, de garder confiance en elle et de rêver en grand.

Infostime : Après toutes ces années d’engagement, quel est le rêve que vous n’avez pas encore réalisé pour les communautés que vous accompagnez à travers la fondation Malaika ?

NCM : Après toutes ces années d’engagement, c’est formidable de pouvoir voir toutes les prochaines graduations des filles et aussi de voir leur parcours et où elles seront dans 5 à 10 ans. De plus, j’aimerais que Malaika puisse devenir financièrement indépendante, par exemple grâce à un endowment fund, afin de ne plus devoir dépendre en permanence de la levée de fonds pour soutenir ses projets et la communauté.