

Depuis son intronisation en 2020 en qualité de Kpodjito, Sa Majesté Royale Dr. Dowoti Désir, Reine Mère Sêmévo I, développe une réflexion sur l’avenir de la gouvernance africaine, le rôle des autorités traditionnelles et les liens entre le continent et sa diaspora. Son titre de Kpodjito, « celle qui enfante le léopard », traduit une responsabilité qui, dans sa vision, dépasse le symbole pour toucher à la mémoire, à la transmission et à la cohésion des peuples africains.
Par Irene Herman
À travers la formalisation du Palais Royal de la Diaspora Africaine, établi dans l’État de New York, la Reine Mère propose de renforcer les liens entre l’Afrique continentale et sa diaspora autour de trois enjeux : le transnationalisme, le panafricanisme et le rôle renouvelé de la monarchie dans les sociétés contemporaines.
Sa réflexion repose notamment sur l’idée d’un double cadre de gouvernance. Les États modernes exercent leur autorité à l’intérieur de frontières géopolitiques reconnues, tandis que les monarchies et chefferies traditionnelles continuent d’incarner des liens historiques, familiaux, linguistiques, culturels et spirituels qui dépassent souvent ces frontières. Il ne s’agirait donc pas de remplacer les gouvernements civils, mais de construire avec eux un partenariat permettant de mobiliser la légitimité et la capacité de médiation des autorités traditionnelles.
Cette approche conduit également à revisiter la question des frontières héritées de la période coloniale. Sans remettre nécessairement en cause les frontières actuelles, la Reine Mère invite à reconnaître l’existence de géographies historiques de l’appartenance, fondées sur les peuples, les lignages, les cultures et les mémoires. Selon elle, ces continuités pourraient contribuer à renforcer les solidarités africaines à l’échelle du continent et de la diaspora.
La question de la souveraineté s’étend désormais à un autre domaine : celui de l’information et de la technologie. Les médias internationaux, les plateformes numériques et les infrastructures de communication influencent profondément la manière dont les nouvelles générations africaines perçoivent leur histoire et leur identité. Pour la Reine Mère, la souveraineté africaine doit donc également concerner les récits, les données, les technologies et les moyens de transmission de la mémoire.
Cette transformation exige toutefois que les institutions traditionnelles évoluent elles-mêmes. Elles doivent, selon cette vision, accorder davantage de place aux femmes et aux jeunes, lutter contre les héritages misogynes et afrophobes et soutenir les scientifiques, entrepreneurs, artistes, intellectuels et innovateurs africains. La tradition ne doit pas être figée : elle doit pouvoir dialoguer avec les exigences du XXIe siècle.
La vision de Sa Majesté Royale Dr. Dowoti Désir, Reine Mère Sêmévo I, ouvre ainsi un débat plus large sur la souveraineté africaine. L’enjeu n’est pas de choisir entre tradition et modernité, mais de rechercher une complémentarité entre les institutions contemporaines et les héritages historiques. Son image finale résume cette ambition : celle d’un papillon dont une aile représente les gouvernements modernes et l’autre les autorités traditionnelles. Pour prendre son envol, l’Afrique aurait besoin des deux. L’avenir pourrait donc appartenir non pas à l’opposition entre tradition et modernité, mais à leur capacité à construire ensemble une nouvelle architecture africaine de gouvernance, de mémoire et de souveraineté.












