
Le 1er septembre 2026, devant les dirigeants réunis au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a défendu avec force l’idée d’un monde désormais résolument multipolaire. Face aux transformations rapides de l’équilibre des puissances, il a appelé à une profonde réforme des institutions internationales, qu’il juge encore largement structurées autour des rapports de force hérités de 1945.
Par Irene Herman
Le message du chef de l’ONU est clair : le monde du XXIe siècle ne peut plus être gouverné selon les mêmes équilibres qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Depuis plusieurs décennies, de nouvelles puissances économiques, politiques et militaires se sont affirmées, tandis que les relations internationales sont devenues plus complexes et moins dominées par un seul centre de pouvoir. Pour António Guterres, cette transformation impose de revoir les mécanismes de la gouvernance internationale. Les institutions créées après 1945 ont permis de structurer les relations entre États et de préserver, malgré les crises, certains espaces de coopération. Mais elles reflètent encore, selon lui, une époque où la répartition de la puissance était radicalement différente.
Le Conseil de sécurité de l’ONU constitue l’un des exemples les plus visibles de cette situation. Ses cinq membres permanents : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni disposent d’un droit de veto qui leur confère un poids particulier dans les décisions concernant la paix et la sécurité internationales. Or, le paysage mondial s’est profondément transformé. L’essor de la Chine, l’affirmation de la Russie, la montée en puissance de l’Inde et l’importance croissante des États d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique latine témoignent d’une redistribution progressive de la puissance mondiale.
Le choix du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai pour porter ce message n’est pas anodin. Créée au début des années 2000, l’organisation est devenue un important forum de coopération politique, économique et sécuritaire en Eurasie. Elle rassemble autour de la même table des puissances comme la Chine, la Russie et l’Inde, ainsi que plusieurs États d’Asie centrale et d’autres pays partenaires. L’OCS est ainsi devenue l’un des symboles de l’émergence d’un ordre international dans lequel les puissances non occidentales cherchent à disposer d’une influence accrue. Pour autant, défendre la multipolarité ne signifie pas nécessairement remettre en cause l’existence des Nations unies. Au contraire, António Guterres cherche à présenter l’ONU comme l’un des instruments permettant d’accompagner cette nouvelle réalité mondiale.
-Réformer plutôt que subir la fragmentation-
Derrière l’appel à la réforme se trouve une inquiétude plus large : celle d’un monde qui pourrait se fragmenter en blocs rivaux. La multiplication des tensions géopolitiques, les rivalités commerciales, les conflits armés et la compétition pour l’influence témoignent d’un système international sous pression. Dans ce contexte, la multipolarité peut être perçue comme une opportunité de mieux représenter la diversité du monde, mais aussi comme un risque si elle se transforme en confrontation permanente entre grandes puissances.
Le défi consiste donc à trouver un nouvel équilibre. Pour les Nations unies, il ne s’agit plus seulement de préserver l’ordre international construit après 1945, mais de l’adapter à une réalité devenue beaucoup plus diverse. Le discours d’António Guterres intervient ainsi dans un débat qui dépasse largement les frontières de l’ONU. Depuis plusieurs années, de nombreux États réclament une réforme des institutions internationales afin de mieux tenir compte de leur poids démographique, économique et politique.
La question est désormais de savoir jusqu’où cette réforme peut aller. Modifier les équilibres au sein du Conseil de sécurité, renforcer la représentation des pays du Sud ou donner davantage de poids aux puissances émergentes supposerait de remettre en question des privilèges établis depuis plus de huit décennies. En appelant à cette transformation devant les dirigeants de l’OCS, le Secrétaire général de l’ONU a donc adressé un message qui dépasse le cadre du sommet : le monde de 2026 ne ressemble plus à celui de 1945, et ses institutions doivent désormais rattraper cette réalité.













